Hot Soup (Deluxe Edition)

Danny Brown

Fatbeats  |  2014
8 / 10
par Aurélien  |  le 24 juin 2014

On n'a pas attendu d'avoir Old entre les mains pour savoir que Danny Brown était chaud: un bref coup d'oeil dans le rétroviseur montre qu'avant qu'il n'explose à la gueule du rap jeu international, le MC avait déjà offert une bonne demi-douzaine d'albums un peu trop passés sous silence. Heureusement que Fatbeats, l'écurie de cette canaille d'House Shoes, était là pour parier un billet sur sa tête : elle lui a offert sa toute première sortie physique avec un mini-album d'anthologie avec Black Milk, quelques mois seulement avant qu'A-Trak n'en fasse sa coqueluche. Logique qu'aujourd'hui ce premier album s'offre une seconde jeunesse tant il s'agit là d'une clé de compréhension indispensable pour mieux comprendre l'immense Old.

Car le cas Hot Soup n'est pas à prendre à la légère: sorti il y a six ans, il marque en effet le début d'une carrière prolifique. Et une seule écoute suffira à réaliser que le Danny Brown d'aujourd'hui n'est pas celui de 2008: le mec ne s'amuse pas à rapper avec quinze voix différentes, sa posture se montre plus réfléchie, et surtout si les drogues font bel et bien partie de son quotidien il n'en fait pas encore l'apologie. Bref, tout ce qu'il offre ici est aux antipodes de tout ce qui fera sa renommée quelques années plus tard. Ce qui n'empêche absolument pas le natif de Détroit de démontrer à quel point, quels que soit les moyens ou le projet, il incarne sa ville avec ce mordant qu'on lui connait aujourd'hui encore. Et qu'il se la joue plus fleur bleue ("Head"), grand frère idéal ("Ten G's A Week") ou freestyler taquin ("Squeeze Precisely", "Rese'Vor Dogs"), il ne ménage pas sa peine pour faire honneur à une production majoritairement pensée par le génial Nick Speed, et qui cristallise à la perfection l'héritage tantôt électronique que soul de la Motor City sans chercher à trop singer J Dilla.

Hot Soup est donc un pur produit de Détroit, un album de rap à la fois électronique et chaud, raw et soulful. Mais il est aussi la preuve ultime que s'il est aujourd'hui une icône hipster, Danny Brown ne peut avoir honte de ses débuts plus confidentiels. Et pour ne rien gâcher, la réédition a tout bon elle aussi puisqu'on y trouve quelques inédits et l'intégralité des instrumentales compilées sur un second CD. Bref, tout est fait pour que cette initiative rencontre un large succès - et convainque peut-être Fatbeats de faire de même avec The Hybrid, l'autre grand moment méconnu de la discographie de Danny Brown qu'on aimerait voir rejoindre nos étagères Expedit – surtout au prix du vinyl sur Discogs.

Le goût des autres :