High Highs To Low Lows

Lolo Zouaï

Keep it on the Lolo  |  2019
7 / 10
par Yoofat  |  le 14 mai 2019

Drôle de relation que celle qui unit la nouvelle pop (le rap et le r&b donc) et la langue de Molière. Si cela fait longtemps que nombre de tubes américains passent inaperçus dans l'hexagone au profit de chansons francophones, ça fait également longtemps que la start up nation s'approprie des mots venus d'ailleurs, comme si ceux existant déjà étaient inadéquats, infréquentables, anachroniques. Il n'y a qu'à check le new album de Hamza ou celui de tous ces rappeurs à qui Narcos a donné un second souffle pour s'en convaincre. Du français, on en veut parce que c'est ce que l'on connaît le mieux et qu'au fond, c'est quand même une belle langue. Mais belek, il ne faut pas trop en utiliser non plus au risque de paraître pompeux. Et c'est là que Lolo Zouaï intervient. 

Vous souvenez-vous des hispanismes un peu maladroits qui donnaient tant de charme à Pedro, votre amant d'un été ? Ou du français approximatif qui rendait Betty, votre amie anglaise qui vous a brisé le cœur, absolument irrésistible ? C'est en partie ce qui fait le charme de Lolo Zouaï. Cette jeune Franco-Américaine est née à Paris d'une mère française et d'un père algérien avant de s'installer à San Francisco et de tomber amoureuse de Too $hort et d'Aalyiah. Armée d'une voix de velours et d'un bilinguisme naturel, Lolo Zouaï écrit des textes funs traduisant une personnalité hors-norme, souvent teintés d'une forte mélancolie pouvant presque tirer vers la dépression. "High Highs To Low Lows" devient son hymne, celui qui retranscrit le mieux son instabilité émotionnelle, celui que le grand public s'approprie.

High Highs to Low Lows est également le nom du premier album de Lolo Zouaï, et semble annoncer la fin du premier acte de sa carrière. Il est donc davantage question d'un album du type "carte de visite" que de celui qui réinvente un style. Ainsi, les petites choses que l'on appréciait chez Lolo sont ici reproduites avec plus de maturité, tant dans l'écriture que dans l'interprétation. Bien que son chant s'apparente à du R&B pur et simple, ses propositions sont plus riches que ce que l'on pourrait croire de prime abord. Les productions de Stelios alternent les hauts et les bas, le R&B et la trap ou des éléments plus pop, rythmant habilement les 38 minutes de High Highs to Low Lows. Tout du long du disque, Lolo se livre avec parcimonie, de son amour pour la Californie et sa culture ("Chevy Impala") à ses préférences sexuelles traduisant l'amusement et l'excitation plus que l'amour niais et les divers problèmes qui l'accompagnent traditionnellement dans les chansons de R&B ("Caffeine" ou "Ride"). 

Cette légèreté pleinement assumée accompagne certaines réflexions plus générationnelles comme celles sur l'identité. Issue d'une culture métissée, Lolo Zouaï questionne son appartenance de diverses manières tout au long de l'album. Si la Californie semble être sa maison, l'endroit dans lequel elle se sent le plus à l'aise, l'usage ornemental du français dans sa musique nourrit son identité autant qu'elle la complexifie. C'est ce que le morceau "Moi" laisse entendre, lui qui retranscrit, non sans style, l'errance d'une apatride. "Desert Rose" évoque quant à lui ses racines algériennes, qu'elle chérit malgré les distances prises avec le mode de vie plus modeste et plus pieux de sa famille vivant au pays de Rim'K. Lolo Zouaï s'empare de ces questionnements de manière très personnelle et avec une finesse d'écriture que l'on omet trop souvent de souligner. 

Cet album n'est que très peu surprenant pour ceux ayant suivi de près l'ascension de la chanteuse en 2018. Trois des douze morceaux présents sont d'ailleurs sortis l'année dernière. La dernière piste témoigne néanmoins de la belle audace de la Franco-Américaine. "Beaucoup" est une sorte d'ode à Françoise Hardy à la sauce Lolo Zouaï. La mélodie solennelle et chaleureuse est un leurre, puisqu'elle annonce la fin d'une relation à sens unique de manière sèche et sans équivoque. Avec le français approximatif de Betty, votre correspondante anglaise, pour que ça passe mieux. Et ça passe beaucoup mieux ainsi.  

Le goût des autres :