Heretic Pride

The Mountain Goats

4AD  |  2008
7 / 10
par Nicolas  |  le 4 juin 2008

Avec près de 20 ans de bons et loyaux services, John Darnielle fait figure de ponte de la folk-pop débraillée. Car pour ceux qui débarquent, il faut savoir que cet Américain sévit sous le nom de The Mountain Goats, en référence au "Yellow Coat" de Screamin’ Jay Hawkins, depuis le début des années 90. Originaire de Claremont, en Californie, John Danielle se retrouve aujourd’hui à la tête d’une discographie pléthorique qu’on ne sait par quel versant attaquer. Avec près de quinze albums au compteur, dont six sur l’excellent label 4AD, l’homme remet le couvert avec un Heretic Pride qui ne risque pas de dépareiller au sein de son œuvre.

En tout cas, s’il y a une chose dont on est sûr, c’est que John Darnielle a tout du songwriter atypique. De par sa voix nasillarde, proche de celle de Colin Meloy (The Decemberists), ou sa façon un peu rustre de jouer de la guitare, on imagine mal notre homme accepter d’être rangé parmi cette horde de folkeux qui s’abat actuellement sur l’industrie du disque. Ayant quelque peu tourné le dos à l’introspection de Get Lonely, John Darnielle montre ici un visage qu’on ne lui connaissait pas avec des morceaux enlevés, tels que l’inaugural "Sax Rohmer #1", l’éponyme "Heretic Pride" ou le très tendu "Lovecraft In Brooklyn". Si les admirateurs les plus ardus pourraient ne pas voir d’un bon œil ce changement, il me faut les rassurer puisque ceux-ci se retrouveront sur l’autre moitié de Heretic Pride, avec notamment "Tianchi Lake "et "In The Craters On The Moon". Co-produit par John Vanderslice, cet album se révèle donc double face, alternant entre gaieté et nostalgie. Soutenu ci et là par un piano et des cordes, The Mountain Goats essaie à la fois de se renouveler tout en maintenant un certain cap. Et même si cela peut paraître paradoxal, le résultat s’avère être une vraie réussite quoi qu’en disent les puristes. Jamais jusqu’ici, John Darnielle n’avait été à pareille fête. On ne peut donc que lui souhaiter que ça dure. Ce qui ne devrait pas être trop compliqué au vu de sa prolixité.