Hello Young Lovers

Sparks

Gut  |  2006
8 / 10
par Popop  |  le 17 février 2006

Pour beaucoup, l’histoire de Sparks s’est arrêtée dans les années 70 après la publication d’une poignée de fantastiques albums de glam-rock (Kimono My House, Propaganda, Indiscreet) et d’un single parfait, aujourd’hui encore inégalé, "This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us". Que la majorité cherche à oublier l’affreuse phase new-wave traversée par le groupe dans les années 80 est assez compréhensible, en revanche il est absolument nécessaire aujourd’hui de réhabiliter les frères Mael - ces derniers traversant depuis quelques années une nouvelle phase artistique surprenante mais pour le moins enthousiasmante. En fait, tout a commencé en 2003 avec Lil’ Beethoven, un disque entièrement construit autour de collages de boucles vocales répétées inlassablement et arrangées de façon minimaliste. Le concept, en gros, est de faire évoluer un gimmick musical (un arrangement ou simplement quelques vers) pendant de longues minutes en rajoutant progressivement de petits éléments et en multipliant les variations de ton et de rythme. Le résultat, répétitif à souhait, aurait pu sombrer dans la branlette conceptuelle et artistique, mais il n’en est rien. Au contraire, le travail effectué sur les voix est phénoménal et chaque morceau possède LE petit détail qui force l’admiration.

Assez logiquement, on retrouve sur Hello Young Lovers le même postulat de départ. Mais cette fois-ci, le duo a décidé de se compliquer encore un peu plus la tâche : les boucles de voix sont plus nombreuses, elles se croisent et s’entrecroisent en canon et parfois même a capella, et surtout de glorieux éléments du passé ont été réintégrés, à commencer par les guitares glam du début des années 70 qui font une apparition très remarquée sur le final de "Dick Around". En outre, un effort tout particulier a été apporté pour conserver un format pop : si l’ensemble reste assez lourd à digérer en une fois, pris un à un les morceaux ont tous un potentiel radiophonique indéniable. Le premier single "Perfume" est construit autour d’un piano jazzy irrésistible, "Hello Kitty" marie le gospel avec des samples de miaulements et "(Baby Baby) Can I Invade Your Country ?" surfe allègrement sur la vague du revival new-wave. Néanmoins, la pièce maîtresse du disque reste le dernier morceau, "As I Sit Down To Play The Organ At The Notre-Dame Cathedral" (tout un programme) : sept minutes, quatre parties distinctes, une abondance de claviers et de guitares, et un festival vocal final – bref, le résumé parfait du disque.

Un gros regret néanmoins : l’utilisation systématique de synthés à la place de véritables cordes donne un côté un peu désuet à certains passages. C’est d’autant plus dommage que sur la compilation Plagiarism parue en 1997, les frères Mael avaient réalisé de véritables merveilles en travaillant avec un grand orchestre. On espère que ce petit détail sera pris en compte sur un éventuel troisième volet. En attendant, on ne peut que conseiller l’écoute de cet OVNI musical aux plus aventuriers des amateurs de pop.