Harlem River

Kevin Morby

Woodsist  |  2014
7 / 10
par Jeff  |  le 27 janvier 2014

Que serait l’indie rock américain sans ses petites mains, ces pauvres (au sens propre, parfois figuré) types de l’ombre qui ont choisi la précarité contre la promesse d’une gloriole célébrée par quelques webzines auto-infatués et d’interminables tournées dans des vans à peu près aussi frais qu’un dessous de bras de Demis Roussos?  La réponse est simple: il survivrait sans doute, mais il ne se permettrait pas le luxe d’incessamment déverser dans nos canaux de distribution des mecs dont l’humilité fait beaucoup de bien, surtout quand certains artistes de nos contrées aiment à se prendre pour le nouveau James Tweedy à la moindre dythirambe. Une humilité évidemment doublée d'une bonne dose de talent, à l’image de Kevin Morby, connu dans les cercles bien informés comme chanteur et guitariste de The Babies, mais également pour son rôle de bassiste au sein de Woods, joyau sous-estimé de la constellation psych-folk brooklynite. En solo, le natif du Kansas City se met à nu avec une confondante modestie: pas question d’aller sucer la teub aux trois derniers courants à la mode ; Harlem River sera un disque qui se revendiquera d’influences plus convenues les unes que les autres (Lou Reed et Bob Dylan en tête), le tout chanté avec une voix faussement nonchalante à la Kurt Vile. Cerise sur ce gâteau de banalité, Kevin Morby rend hommage à New York, comme si ça manquait de déclarations d’amour à cette ville. Dès lors, exception faite du magnifique morceau-titre où les accords de guitare semblent se perdre dans une valse infinie de motifs clair-obscur,  Harlem River déroule son classicisme folk-rock avec une simplicité que l’on ne pourrait assimiler à de la facilité. Il y a là-derrière trop d’efforts et de savants calculs pour que l’on considère Kevin Morby comme un arriviste patenté. C’est même tout le contraire:  cette vie de bohème, il ne l’échangerait probablement contre rien au monde, car il y a trop d’indépendance dans cette écriture libérée de toutes contraintes pour un jour devoir se soumettre à un quelconque diktat. Ces illustres références que certaines ne manqueront pas de lui foutre sous le nez, Kevin Morby les assume pleinement, et c’est probablement ce qui rend ces huit titres aussi attachants. Surtout, t’arrête pas mec.

Le goût des autres :