Ha!

Jörg Brinkmann Trio

ACT  |  2008
7 / 10
par Franck  |  le 13 novembre 2008

Le jazz allemand n’est pas celui que l’on connaît le plus, loin s’en faut… Quel intérêt donc à chroniquer le Jörg Brinkmann Trio ? Tout d’abord, parce qu’il est signé sur le label allemand ACT, un des plus inventifs depuis plusieurs années déjà. Il l'est parce que le jazz allemand opère une mutation digne d’intérêt. Il engendre un nombre croissant de formations innovantes, notamment par une politique des écoles allemandes de musique qui accentuent la formation musicale sur le jazz. D’où la bonne santé d’un label comme ACT, qui a, par la force des choses, développé un sous-label, le Young German Jazz. Le Jörg Brinkmann Trio fait donc partie de ces nouveaux venus sur la scène jazz internationale.

Ce qui fait l’originalité du trio : l’emploi du violoncelle. L’instrument, en effet, n’est pas si courant dans le milieu. Le son du trio gagne ainsi en douceur. Pour ce premier album, Brinkmann, Maas et Kölsch dévoilent un jazz assez épuré. Les compositions, très courtes, donnent un rythme soutenu au disque. Idem dans l’emploi des instruments : piano, objets divers, fender rhodes… Pas d’instruments à vent donc pour alourdir cette volonté de musique aérienne. L’électronique pointe même le bout de son nez et donne à Ha ! une couleur moderne sans vulgarité aucune. (Certains disques qui ne reposent que sur les sons électroniques sont parfois d’un mauvais goût sans nom…) Quelques pépites ressortent du lot : "Live in Hamburg", "Huhner-Walzer" (littéralement "La valse du poulet"), "September"… L’ambiance musicale de ce dernier titre illustrerait d’ailleurs à merveille un film de Claude Chabrol. Le percussionniste Kölsch travaille d’ailleurs pour le cinéma. Hasard ou pas, on y décèle finalement une certaine cohérence.

"Introduktion" est l’avant-dernier titre d’un premier album réussi de bout en bout. On peut y voir un clin d’œil humoristique . On peut y voir aussi un hommage. Car, faut-il le préciser, Alfred Lion et Francis Wolff, deux émigrés juifs allemands, furent à l’ « Introduktion » d’une grande histoire du jazz en fondant dans les années 30 aux Etats-Unis un label qui est devenu LE label de jazz par excellence : Blue Note.