Goodbye Falkenburg

Race Horses

Fantastic Plastic Records  |  2010
7 / 10
par Jeff  |  le 23 mai 2010

Le disque fourre-tout est un exercice bien plus difficile qu'il n'y paraît. D'ailleurs, combien de groupes ne se font pas descendre en flammes pour n'avoir pu su gérer leur enthousiasme et avoir voulu rendre hommage en trente minutes chronos au trente meilleurs disques de leur discographie. L'entreprise est d'autant plus usante que ces disques ne bénéficient que trop rarement de critiques s'attardant réellement sur les talents d'écriture des principaux protagonistes; qu'on se borne trop souvent à considérer comme de simples copieurs au nez creux.

Mais visiblement, ces comparaisons hasardeuses, les Gallois de Race Horses s'en foutent comme de leur première pint of lager. D'ailleurs, ils s'en battent tellement que dans le livret qui accompagne qui accompagne Goodbye Falkenburg, nos quatre Gallois dressent une liste des albums qu'ils ont écouté pendant l'enregistrement de ce premier album: cela va des Beatles (The White Album) aux Fiery Furnaces (Bitter Tea) en passant par Can (Tago Mago), le Velvet Underground ou, il fallait un peu s'y attendre, leurs compatriotes légèrement allumés de Gorky's Zygotic Minci (Tatay). Forcément, une telle démarche témoigne d'une certaine honnêteté et permet par la même occasion au rédacteur pas bien réveillé de ne pas partir seul à la recherche de balises en tous genres. D'autant plus que cette liste est assez représentative de la tonalité générale de Goodbye Falkenburg: certes on a dû mal à déceler l'influence de Faust ou Neu! sur la pop à tiroirs de Race Horses, et on aurait aimé qu'ils ajoutent à cette liste le Up The Bracket! des Libertines (écoutez donc leur titre "Scooter"), mais globalement, les limites de l'énorme terrain de jeu de ces Gallois qui n'hésitent pas à utiliser leur langue maternelle sur certains titres ont été correctement délimitées.

Evidemment, encore fallait-il canaliser cet enthousiasme débordant sur des compositions dignes de ce nom. Et à ce petit jeu, les Race Horses n'ont certainement pas à rougir ou se cacher honteusement derrière leurs illustres modèles. Car si on ne manquera pas de leur reprocher l'absence un peu préjudiciable de titres forts capables de les faire émarger, on se devra également les féliciter pour cette science de l'arrangement qui fait mouche et cette écriture capable d'allier évidence pop et délires psychés en tous genres – visiblement une spécialité galloise, puisque outre les Gorky's Zygotic Minci, les Super Furry Animals étaient assez doués à ce petit jeu. Artisanal et attachant, ce premier album de Race Horses mérite forcément qu'on s'y intéresse, ne serait-ce que parce que dans cette catégorie casse-gueule par excellence qu'est celle du disque fourre-tout, on fricote là avec le haut du panier.