Goodbye Bread

Ty Segall

Drag City  |  2011
7 / 10
par Pauline  |  le 18 July 2011

Un peu perdu dans la vague permanente des sorties indie rock américaines, le chien fou du garage rock Ty Segall nous propose sa contribution annuelle. Ses précédents essais, notamment Melted et Lemon, jouaient la carte d'un rock DIY un peu dégueu et vite fait, très énergique, très addictif, légèrement approximatif et un petit peu négligé. À l'image d'un Jay Reatard, il représentait une scène riche et indépendante, qui faisait ses clips en stop-motion et optait pour des pochettes bizarres. Mais on dirait bien que, au milieu de ses nombreuses digressions (EP's, live, splits...), Ty Segall s'est mis à écrire son célèbre "album de la maturité" sans crier gare. L'album qui le fait sortir d'une certaine adolescence musicale. Il quitte du même coup le jeune label de Memphis Goner Records pour signer sur le célèbre Drag City. On ne rigole plus.

Goodbye Bread est un sacré spécimen, surprenant de la pochette au son, en passant par la voix et les arrangements. Il n'y a pas grand chose qui ne déroute pas dans cet album, le plus surprenant restant son sérieux. On en connait un qui a dû passer du temps à écouter le Revolver des Beatles et à se refaire les intégrales d'Olivia Tremor Control ou des Apples in Stereo. Le premier morceau est plus que troublant: "Goodbye Bread" est un bel instantané pop, avec ses montées lyriques, sa petite touche catchy et la belle voix cristalline qui colle parfaitement. Ty Segall confirme ce qu'il avait déjà commencé sur Melted, déjà bien plus sage que le sauvageon Lemons, et passe du côté pop de la force. Son évolution suit un peu celle de Thee Oh Sees, et prouve que les groupes influencés par la pop et le garage sont plein de surprises et ont plus d'un tour dans leur guitare. L'album culmine sur le parfait "You Make the Sun Fry", qui rappelle en vrac le Brian Jonestown Massacre ou les débuts du Black Rebel Motorcycle Club, à savoir une pop un peu grungy qui n'oublie jamais de garder une identité DIY.

A l'arrivée, on se demande un peu d'où sort ce regain d'intérêt pour une musique connotée années 60. Après avoir pioché généreusement leur inspiration dans les nineties, les groupes indés semblent avoir aujourd'hui envie de plage et de soleil, et lorgnent du côté du sea, sex and sun. C'est qu'elle nous manque un peu notre garage pop crado de 2007. Mais, rien à y faire, cette année l'été indé est propret, et il faudra ressortir ses coupes au bol et robes trapèze pour être dans l'ambiance. Ty Segall ne déroge pas à la règle, mais son album aux légers accents rétro se révèle être une une réussite. S'il manque parfois un peu de rythme et compte quelques petites longueurs dans sa deuxième moitié, il n'en reste pas moins un album homogène et surprenant, bien pensé et agréable. Goodbye Bread confirme surtout le statut touche-à-tout du musicien et son envie de ne pas se cantonner à un style. Il nous montre maintenant une parfaite maîtrise d'une pop easy-listening plus qu'agréable, après avoir martyrisé ses guitares sur pas loin de cinq albums. Et il signe là son meilleur album à ce jour. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

Le goût des autres :