God Help The Girl

Stuart Murdoch

Rough Trade  |  2009
8 / 10
par Popop  |  le 23 juin 2009

Je suis toujours un grand fan de Belle & Sebastian. Je tiens à le préciser parce que ma chronique du dernier album du groupe m’avait attiré pas mal de remarques désobligeantes de la part du fanclub des Ecossais. Pourtant, trois ans après, je persiste et signe : The Life Pursuit est un mauvais disque, un condensé de pop surfaite et surproduite où l’on ne retrouve qu’à de trop rares exceptions tout ce qui faisait le charme de la formation de Stuart Murdoch à ses débuts. Inutile de dire donc que l’absence du groupe depuis 2006 ne m’a pas vraiment traumatisé. Quant à l’annonce de ce projet de comédie musicale pour jeunes chanteuses en fleur castées sur Internet, l’idée m’emballait autant qu’un karaoke spécial « Céline Dion » en compagnie d’un groupe de touristes japonais torchés au sake pas frais. C’est dire si mes attentes à propos de God Help The Girl étaient grandes…

Je ne saurais dire à quel point cette puissante indifférence a influencé mon jugement final, mais toujours est-il que ce vrai-faux disque de Belle & Sebastian chanté par d’illustres inconnues (et quelques guest-stars plus familières) est une belle surprise. Pourtant, sur le papier, le concept paraissait bancal : une comédie musicale basée sur le quotidien d’une jeune fille qui s’ennuie, des références appuyées aux girls-group des années 60, un casting de chanteuses toutes plus jolies les unes que les autres, quelques copains de passage… Bref, God Help The Girl avait tout du fantasme de vieux garçon qui a envie de prouver au monde entier qu’il n’est plus puceau.

Pourtant, la découverte du résultat final est un ravissement. Loin des errances musicales de The Life Pursuit, ce disque est un petit bijou de pop rétro où l’on retrouve avec bonheur le talent de mélodiste hors pair de Stuart Murdoch, un grand écart réussi entre la simplicité d’écriture de Tigermilk et l’ambition musicale de Dear Catastrophe Waitress. Bien sûr, la production de l’ensemble risque d’en rebuter plus d’un : ici, les cordes pleuvent, les chœurs sont omniprésents, et la nouvelle version de "Funny Little Frog" va défriser plus d’un fan de l’original. Pas de doute, on est bien dans le registre de la comédie musicale : tout est surjoué et surorchestré mais au final pas forcément plus que sur certains morceaux d’anthologie de Belle & Sebastian (au hasard, "I’m Waking Up To Us" ou "Lord Anthony").

Mais le véritable coup de maître de ce disque, c’est le choix de Catherine Ireton pour le rôle principal. Pour la première fois, Stuart Murdoch a trouvé une égérie à la hauteur de ses compositions et de son ambition musicale, une chanteuse à la voix chaude, puissante, sensuelle - à des lieues des chuchotements plaintifs d’Isobel Campbell (autrefois) et de Sarah Martin (encore aujourd’hui). Du coup, au lieu de sombrer dans le mièvre comme on pouvait le craindre, le disque s’élève très vite vers des horizons ensoleillés, avec notamment deux impressionnants zéniths : "Musician Please Take Heed", cavalcade pop encore une fois inspirée du "Poupée de Cire, Poupée de Son" de Serge Gainsbourg, et "Come Monday Night", lumineux premier single aux ‘da da da da’ entêtants. Ailleurs, "Act Of The Apostle", mauvais morceau de The Life Pursuit, est réinventé en générique d’ouverture imparable tandis que le toujours impeccable Neil Hannon vient jouer les vieux hippies vicieux sur "Pefection As A Hipster". En fait, il n’y a qu’une seule grosse faute de goût pendant ces 45 minutes, et c’est "A Unified Theory", un instrumental d’une minute et treize secondes absolument hideux.

Contre toute attente, God Help The Girl est donc une superbe réussite. Mais alors pourquoi ce sentiment de malaise qui s’impose écoute après écoute chez le fan de la première heure ? Est-ce parce que les deux apparitions vocales de Stuart Murdoch se révèlent complètement banales pour ne pas dire irritantes, sa voix frêle étant en complet décalage avec le reste du casting ? D'ailleurs, après un tel exercice de style, le chanteur sera-t-il capable de revenir sur le devant de la scène et de reprendre seul le micro ? Le doute est permis, la question posée. La réponse au prochain album du chien et du petit garçon...

Le goût des autres :