Ghosts

Monolake

Monolake  |  2012
9 / 10
par Simon  |  le 5 avril 2012

Avant même de l’écrire, on sait que cette chronique ne sert pas à grand-chose : Ghosts sera probablement le disque électronique de l’année. Cette chronique ne sert à rien, se répète-t-on, parce que deux possibilités se présentent dès son introduction. Si vous faites partie des nombreux qui adulent Monolake, alors autant vous arrêter là, ce disque a certainement déjà dû vous convaincre. Et si vous êtes amateur de musiques électroniques – ou tout simplement un auditeur aux oreilles bien larges –, deux écoutes seulement de Ghosts auront vite fait de vous mettre à genoux. Après huit albums et une vingtaine d'EP’s, l’enfant de Kreuzberg a fini par faire son retour, et on connaît le poids de ce genre d’annonce.

Mais chroniquer ce neuvième disque de l’Allemand, c’est avant tout choisir son angle d’attaque. On n'a que quelques lignes, alors on prendra ces onze titres selon les références croisées qu’ils nous évoquent. Quoi de plus logique quand on sait que l’aura de Robert Henke se répercute autant en club que dans les sphères électro-acoustiques ou ambient. Un homme qui a toujours été un lieu de réflexion pour ce que la techno - qu’elle soit minimale ou dub - l’électronica et globalement toute la poésie des matériaux (parlez d’électro-acoustique, de sound-design ou d’électronica, on sera de votre avis) avaient de mieux à offrir. Une approche mentale, abstraite dans le fait qu’elle n’a jamais cessé d’interroger les genres et qu’elle les amenés à accoucher d’eux-mêmes. Une maïeutique patiente, qui se raconte sur l’ensemble d’une carrière. Du mastering de Basic Channel - l’Allemand se souviendra sûrement de ses débuts sur Chain Reaction - à la précision d’un Alva Noto en mode terreur rythmique en passant par le Drukqs d'Aphex Twin ("Lilith" en est le meilleur exemple), Ghosts aligne sa composition sur celle des grandes œuvres digitales.

On y entend également la suavité d’un Ben Klock ou le militantisme d’un Delta Funktionen, toute cette techno allemande dans une version démultipliée, intellectualisée et finalement libérée de ses diktats rythmiques. Il y a également pas mal de Plastikman dans ces onze titres, que ce soit dans certains patterns ou dans ce miraculeux équilibre entre instinct de composition et contrainte de la variable technologique. C’est probablement ce regard à 360°, cette fusion entre l’homme et la machine qui fait de Monolake l’électronicien le plus talentueux de son époque. Pour terminer, on ajoutera tout le sérieux de son travail électro-acoustique (il suffit d'écouter "Phenomenon" ou "Unstable Matter") ou la furia de ses inspirations post-dubstep – la collaboration entre Pinch et Shackleton n’est jamais loin.

Ca fait beaucoup pour une chronique qui ne sert à rien. Alors ce qu’on vous propose, c’est d’intégrer le fait que Monolake est l’un des électroniciens les plus importants de ces vingt dernières années, que son dernier album est un monstre de soundscaping et qu’on le retrouvera finalement sur les plus hautes marches de notre classement de fin d’année. C’est simple, court et immanquable.