Gems From The Equinox

DJ Muggs & Meyhem Lauren

Soul Assassin Records  |  2017
8 / 10
par Jeff  |  le 11 décembre 2017

On n’est pas dans la tête de DJ Muggs, mais on peut imaginer que faire le tour de monde à longueur d’année pour interpréter le greatest hits de Cypress Hill doit provoquer un niveau d’excitation inversement proportionnel au cachet exigé pour des prestations qui font le taf malgré la grosse odeur de renfermé qu’elles dégagent. Et puis ceux qui connaissent un peu mieux le DJ et producteur new-yorkais le savent : il n’aura jamais la reconnaissance qu’il mérite - déjà, tout le monde a oublié qu'il a produit "Jump Around", c'est dire. Ainsi, tandis que B Real fait des featurings che Larusso (true story bro) ou occupe le devant de la scène avec le pire groupe de rap-rock engagé de tous les temps (on parle des Prophets of Rage), DJ Muggs reste cet homme de l’ombre qui excelle dans l’art du disque collaboratif qu’on découvre un peu par hasard. En effet, qui se souvient (ou a écouté) son incroyable Grandmasters avec le GZA (à une époque où son nom voulait encore dire quelque chose) ou son travail avec ce gredin californien de Planet Asia ? Un sort malheureux auquel semble également destiné Gems From The Equinox, album pourtant impeccable qui voit Meyhem Lauren venir poser son flow rocailleux et street lourd sur des productions qui ne sentent pas le mauvais chichon, mais bien ce rap new-yorkais un peu crasseux dont l’écurie Griselda (Conway, Westside Gunn et consorts) est actuellement la plus noble ambassadrice. Plutôt habitué à jouer le faire-valoir pour son meilleur pote Action Bronson, Meyhem Lauren assume ici pleinement son statut de headliner, et ne rentre pas dans un rôle de second couteau quand des MC’s plus bankables ou imposants que lui se paient un petit featuring – et ça fait plaisir de le voir tenir la dragée haute à Roc Marciano, Mr. Muthafuckin’ eXquire, ou bien évidemment Bronsolino. Alors oui, ce rap des égouts né d’une rencontre dans les studios de The Alchemist (ben tiens…) ne chatouillera jamais les algorithmes de YouTube ou Facebook comme le ferait n’importe quel titre de Migos ou Lil Uzi Vert, son contenu ne fera pas l’objet de débats stériles comme on les déteste, et les copies physiques de Gems From The Equinox semblent destinées à terminer leur course dans un bas à soldes, mais on sait tous que la grande histoire du double H est aussi faite de petits disques. A moins que ce ne soit l’inverse.