Gang Signs & Prayer

Stormzy

#Merky  |  2017
7 / 10
par Amaury  |  le 23 mars 2017

Avec son premier album Gang Signs & Prayer, Stormzy vient de livrer un exploit qui marque un bond dans sa carrière, non seulement au niveau de sa visibilité et de son chiffre de vente, mais aussi par rapport à son approche artistique.

On connaît véritablement le MC depuis ses freestyles Wickedskengman et l’imparable « Shut Up » qui réaffirmait son talent contre l’étiquette railleuse « Backup Dancer », dont certains l’avaient affublé à la suite de son apparition sur la scène des Brit Awards, en 2015, derrière un Kanye West qui s’était entouré d’une bonne part des acteurs grime afin de donner une vigueur un peu crasse et très moderne à la prestation de « All Day ». Dans la droite lignée du genre, Stormzy avait alors rapidement défendu son nom, sa clique et son territoire : I’m so London, I’m so South. Quelques singles ont prolongé le mouvement, comme « Scary », jusqu’au banger « Big For Your Boots » qui aurait pu laisser présager un changement de perspective sur l’album, par le traitement assez fin de son substrat drum’n’bass.

On s’attendait donc à se prendre dans les dents du grime dur, dégueulasse et brutal qui nous retaperait la rengaine d’un « Know Me From ». Si « First Things First » le laisse encore croire, Stormzy s’impose plutôt à la manière de son compatriote Anthony Joshua : comme un poids lourd qui délivre des parpaings bien ciselés. Une ouverture implacable pour un album plongé en eaux profondes, malgré le délire forain que lâche « Cold ». Mais sur « Bad Boys », un pivot s’opère avec une production plus mystique pour tendre vers le « Blinded By Your Grace », purement gospel. Fidèle à son titre, Gang Signs & Prayer prendra le pouls des mauvais garçons, mais ce culte comporte tout autant sa part de prières que de confessions.

Stormzy va ainsi fluctuer entre des morceaux R&B plus smooth, comme « Cigarette & Cush » avec Kehlani, ou bien vers la soultronic de « Velvet », selon un panel de teintes gospels, rocks, électros et traps – il s’essaye d’ailleurs pas mal au chant. Même quand son rap retrouve la hargne qu’on lui connaît, les traitements de la prod’ et la modulation de son flow respectent une méthode pleine de finesse et d’intelligence. Les thématiques aussi suivent ces élans, s’éloignant de l’egotrip afin de toucher davantage à la réelle intimité.

Pour faire simple, Stormzy ramène toutes les prétentions mélodiques de The Life of Pablo à l’humilité du quartier. Il est parvenu à varier ses explosions d’énergies, à les calibrer. Bien que sur la longueur ses maladresses de chant et l’aspect légèrement collant de l’ensemble diffusent une teinte parfois fade, ce traitement minimaliste de la grandiloquence américaine offre encore plus de force au grime, capable de tout avec une rage unique. Et qu’on y voie un bien ou un mal, une cause ou un effet, Gang Signs & Prayer marque enfin un autre bond dans l’histoire de cette musique en devenant le premier album du genre n° 1 des ventes britanniques – victoire d’autant plus importante qu’elle répond à la présence bancale que ces derniers Brit Awards lui ont offert, entre collaboration « acceptable » et coups de mute.

Le goût des autres :