Future Me Hates Me

The Beths

Carpark Records  |  2018
8 / 10
par Jeff  |  le 19 septembre 2018

Hormis quand il se promène un peu trop près d'un escalier ou d'un objet contendant, mon gamin n'a pas encore l'âge de me foutre la trouille. Par contre, j'imagine que pour les parents plus âgés qui nous lisent, entendre son rejeton annoncer qu'il ambitionne de commencer des études de journalisme ou le voir traîner avec des types trop propres sur eux qui ont beaucoup d'admiration pour Derek Vinyard doit provoquer un gros coup de chaud. Dans un autre registre, un peu moins effrayant j'en conviens, être parent d'un jeune musicien et l'entendre dire qu'il veut faire "de la musique à guitares" doit également valoir quelques sueurs froides tant le parcours, déjà parsemé d'embuches, n'en devient que plus piégeux vu l'impopularité auprès des masses de ce que l'on appellera très communément 'le rock’. 

Pourtant, de la musique à guitares, c'est tout ce que veut faire Elizabeth Stokes. Et elle n'a pas peur de le dire en interview, et d'assumer ses envies jusqu'au bout. En même temps quand on voit le talent déployé sur le premier album de son groupe The Beths, on n'a pas vraiment envie qu'elle se trouve une passion dévorante pour la MPC ou la TB-303: d'un bout à l'autre de Future Me Hates Me, le groupe néo-zélandais éclabousse une concurrence (il est vrai moribonde) de son talent de songwriting, et de sa capacité à donner de la profondeur à un sous-genre qui en manque trop souvent, la power-pop - et forcément, ça nous rappelle la légende The Cars, les défunts ThermalsBest Coast ou encore Weezer, un groupe qui rechigne malheureusement à raccrocher les gants. Comme ces quatre groupes quand ils évoluent à leur meilleur niveau, la bande à Elizabeth Stokes va au-delà de structures qui mettraient uniquement l’accent sur l’énergie et la mélodie, et nuance notamment le propos via des textes qui ne manquent pas d’ironie grinçante et d’humour noir au moment d’évoquer les déboires affectifs à répétition de la chanteuse. 

A l’image d’un disque qui ne fonctionne pas par singles potentiels (bien qu'il n'en manque pas, croyez-nous) mais s’appréhende dans son irrésistible globalité, c’est donc la combinaison de ces différents éléments qui fait de Future Me Hates Me un album beaucoup plus dense, travaillé et ambitieux qu’il n’en a l’air: car bien qu’une écoute distraite pourrait l’expédier dans la catégorie ô combien ingrate des petites hypes éphémères qui rythment un été calme, ce premier album affiche une maturité que certains groupes n’atteignent jamais en en vingt ans de galère. Bref, Future Me Hates Me, ce n’est pas simplement un premier effort remarquable qui jette les bases d’une carrière qu’on espère prometteuse, c’est aussi l’un des meilleurs albums de rock de 2018.