Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything

Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra

Constellation Records  |  2014
8 / 10
par Maxime  |  le 15 janvier 2014

Fuck Off Get Free We Pour Light on Everything est le septième long format publié par Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra sous presque autant d'alias différents depuis 1999. Émanation de Godspeed You! Black Emperor, il est notable de constater que le collectif canadien mené par Efrim Menuck a sorti maintenant bien plus d'albums que son illustre - et bien plus connu - grand frère. Ainsi, que ceux qui vont découvrir le combo avec cette nouvelle sortie soient avertis: bien que rentrant dans la catégorie un peu fourre-tout du "post-rock", la musique de TSMZO comporte beaucoup de voix et de chœurs, l'éloignant des canons du genre.

Penchons-nous sur la galette. Celle-ci s'ouvre sur le martial "Fuck Off Get Free (For The Island Of Montreal)", dont les éclats rappellent par instants la noirceur de Allelujah! Don't Bend! Ascend!, dernier effort en date de Godspeed You! Black Emperor, qui avait marqué 2012 de son empreinte. Comme toujours avec le quintet, le propos est engagé, politique même, en particulier sur "Austerity Blues", morceau-monstre qui s'étend sur près de 15 minutes, critique d'un libéralisme déréglé dont l'agenda n'est dicté que par des considérations d'ordre économique, laissant l'humain à la marge. Connu pour son activisme, le groupe déroule ici de sa plume la plus acerbe, de ses cordes les plus désabusées, un long monologue oscillant entre rage et mélancolie, et qui pousse à l'introspection autant qu'à la révolte. "Take Away These Early Grave Blues" en est la suite logique, rugueux et sans concessions. Ce brelan d'as, blues dans le son et anarchiste dans la démarche, va céder le pas à une seconde partie plus lumineuse.

Cette deuxième face est introduite par le resserré "Little One Run" qui, avec ses quatre notes de piano en boucle et ses voix de comptine, est la première lueur d'espoir d'une œuvre dense et massive. "What We Loved Was Not Enough", jouée en concert depuis 2011 et déjà présente sous une forme scindée sur l'excellent EP The West Will Rise Again (2012) est le coup de maître du disque, titre phare qui emporte l'auditeur au-delà du simple désabusement, scandant que tout se consume. Toute l'essence de Thee Silver Mt. Zion, à la croisée des genres, du jazz au post-rock en passant par le punk, est présente dans cet ambitieux moment de grâce, crescendo magnifique et terrible.

Les natifs de Montréal ne sont pas prêts à lâcher leurs guitares ou à vendre leur âme et ils le crient haut et fort: "La musique c'est quelque chose à laquelle tu donnes ta vie (...), et nous on va continuer sans aucun doute." C'est sur ces mots énoncés dans les deux langues de ces hérauts de l'apocalypse moderne que s'ouvre l'ultime piste, "Rains Thru The Roof At The Grande Ballroom (For Capital Steez)", crachant sa bile à la face du grand capital. Alliant exigence musicale et discours sans aucune concession, cet album de très haute volée parlera aux amoureux de GY!BE comme aux mélomanes qui regardent autour d'eux, déconcertés, le monde dériver inexorablement.