For Those That Wish To Exist

Architects

Epitaph Records  |  2021
4 / 10
par Alex  |  le 29 mars 2021

Leurs suiveurs le savent : Architects a, depuis quelques années déjà, atteint d’autres latitudes en termes de notoriété. Formé à Brighton en 2004, le groupe a survécu au temps, au rythme effréné des tournées mondiales, aux changements de line-up et au décès brutal de son guitariste et tête pensante Tom Searle en 2016, pour se présenter aujourd’hui comme l’une des formations metalcore les plus populaires de la décennie. Signée sur Epitaph Records depuis le plutôt convainquant Lost Forever // Lost Together en 2014, la bande à Sam Carter reste une machine live extrêmement bien huilée, mais dont les récentes sorties discographiques ne masquent malheureusement pas d’inquiétants signes d'essoufflement.

Sur ce déjà neuvième album baptisé For Those Who Wish To Exist, Architects suit les pas de mastodontes comme Bring Me The Horizon ou Parkway Drive qui, depuis quelques années, mettent de l’ananas sur leur pizza. On parle ici de certaines références parmi les plus populaires du genre qui, en chacune 15 ans de carrière, comptent un ou plusieurs albums de haute facture mais semblent désormais avoir fait le tour de leur metalcore pour s’adonner à de nouvelles expériences. Une approche différente, souvent plus mélodique sur des morceaux désormais conçus pour stades. Spoiler alert : le résultat est plus souvent pénible que rafraîchissant, mais semble toutefois loin d’altérer la popularité des trois formations susmentionnées, plus habituées aux arénas et headliner spots des festivals qu’aux sombres caves. Et tant pis si les disques qui en découlent sont sans relief.

Leurs deux derniers efforts en date, All Our Gods Have Abandoned Us en 2016 et Holy Hell en 2018 laissaient déjà entrevoir certaines redondances dans le chef des Britanniques sans que cela ne soit trop préjudiciable. Mais autant le dire tout de suite, malgré une forme de renouveau ici, ça ne s’arrange toujours pas trop, comme les singles dévoilés au compte-goutte à partir d’octobre le laissaient supposer. La formule éculée du couplet mélodique suivi d’un breakdown saccadé n’est toujours pas mise au placard et se voit désormais agrémentée d’une production plus mielleuse que jamais, où nappes de synthés faussement grandiloquentes et arrangements orchestraux fatigués s’entrechoquent sur des refrains d’une affolante banalité. Peut-on reprocher à Architects de vouloir s’émanciper et de faire évoluer son jeu vers quelque chose de plus accessible? À vrai dire, non. Il y a d’ailleurs longtemps que les garçons ne s’en cachent plus et à ce titre, le chant de Carter fait preuve d’une belle palette de compétences. Celle-ci est toutefois loin d’être suffisante pour sauver la plupart de ces compositions, impuissantes et bien trop souvent pompeuses. Que le groupe puisse virer mainstream n’aurait posé de problème à personne si le résultat s’était révélé moins générique et plat que ce qui est désormais proposé.

Malgré quelques exceptions moins fades que le reste, on peut globalement imputer à ce disque une absence de saveur. Outre des paroles totalement resucées et majoritairement centrées sur la crise climatique, quasiment aucun titre ne se démarque du reste et le groupe échoue à nous maintenir captivés sur un disque de près d’une heure mais qui en donne l’impression du double. Ni émouvants ni inspirés, Architects ne parvient même plus à nous en mettre plein la tronche sur les quelques breakdown et autres passages supposés être plus violents. En prenant ici la même direction que ce qu’a pu faire Linkin Park par exemple, le quintet décide de sortir de sa zone de confort mais cela ne suffit malheureusement pas à produire un bon disque. Et ce ne sont ni les participations de Winston McCall de Parkway Drive (tiens, tiens), de Mike Kerr (Royal Blood) et celle légèrement moins anecdotique de Simon Neil (Biffy Clyro) sur 3 des 15 titres qui parviendront à nous ôter l’envie de ne plus porter notre attention vers ce genre de projet dont la démarche semble moins d’essayer de nous convaincre que d’atteindre une nouvelle audience.

A l’arrivée, un disque trop long dont on ressort trop las. Certes, Architects entame un nouveau cycle sur les bases de cette bouillie alt-metal. Mais à quel prix ? A vous de juger. Peut-être leur faudra-t-il plus de temps et encore quelques albums pour trouver la nouvelle bonne formule. De notre côté, on n’a pas que ça à faire.