For The Ones

iconAclass

Deadverse  |  2011
8 / 10
par Jeff  |  le 14 novembre 2011

Quand on pense à Dälek, on pense directement à ce hip hop dense et anxiogène, à la croisée des chemins entre My Bloody Valentine et Public Enemy, à cette attitude radicale, à ce son aux antipodes des habituels clichés véhiculés par les plus gros vendeurs du genre et dont on déconseille l’écoute au saut du lit ou après avoir consulté ses extraits de compte bancaire un 28 du mois. Bien présent sur la scène underground depuis la fin des années 90 et désormais l’un des piliers du label Ipecac de Mike Patton, Dälek est pour rappel l’association du beatmaker Oktopus et du MC Dälek. Et c’est justement ce dernier qui a décidé de s’octroyer un peu de temps libre avec le projet iconAclass, dont le premier album sorti il y a quelques jours sur le petit label Deadverse Recordings, spécialisé dans un hip hop certes classique, mais aussi sombre et transgressif à l’image de ce que peuvent faire des gens comme El-P, Aesop Rock ou Cannibal Ox.

Et tandis que sur Ipecac, MC Dälek broie du noir avec son hip hop plus lourd qu’une mauvaise vanne de Bézu, on le voit ici se mettre au diapason de ses camarades de label et se conformer à des structures autrement plus traditionnelles, renvoyant à une certain âge d’or du rap, celui des maîtres new-yorkais que sont KRS-One, EPMD ou Pete Rock. Pas étonnant donc que le MC évoque son retour aux sources sur le laidback « Roots ». Mais plus encore qu’un disque censé évoquer les années 90 dans la Big Apple, For The Ones est un album sur lequel on sent la volonté du emcee de mettre en avant le côté lyrical de son travail, lui qui est parfois relégué au second plan au sein du projet Dälek. Et croyez-nous sur facture : sur For The Ones, MC Dälek s’en donne à cœur joie. Il faut dire que malgré l’arrivée d’Obama au pouvoir, on ne peut pas dire que la situation sociale aux Etats-Unis se soit grandement améliorée, et le rappeur en profite pour balancer de la quenelle avec une générosité qui fait particulièrement plaisir à entendre.

Brut de décoffrage et porté par un flow dont l’efficacité n’est plus à démontrer, cette escapade en solitaire du MC du New Jersey est, à l’échelle de ses habituelles productions, un souffle d’air frais qui caresse dans le sens du poil les vieux cons qui ne jurent que par le hip hop new-yorkais des années 90. NY State of Mind quoi…