Fever

Megan Thee Stallion

300 Entertainment  |  2019
8 / 10
par Ruben  |  le 3 juin 2019

« You let the boys talk about how they want some head, and they want to shoot everything up, and they want to do drugs…Well, we should be able to go equally as hard ! ». Dans une récente interview à Rolling Stone, Megan Thee Stallion annonçait la couleur: l'autoproclamée rich bitch de Houston n’est pas là pour enfiler des perles et compte bien dévorer tous les fuckboys qui entravent le chemin qui la sépare de la gloire et de la fortune. Active depuis 2016, Megan Thee Stallion s’est précédemment présentée sous une multitude d’alter egos (Hot Girl Meg, Tina Show, Money Makin’ Meg) représentant invariablement des personnages excentriques qui partagent tous le même but : crier haut et fort leur appétit charnel insatiable et leur besoin total d’indépendance financière.

Après deux EP, Fever est donc le premier vrai gros projet de Megan Thee Stallion, attendu de pied ferme par ses hotties (le nom qu'elle donne à ses fans) et dont la pochette, déjà classique, renvoie directement à la filmographie de Jack Hill – les connaisseurs auront reconnu les références à Coffy et The Big Bird Cage. Porté par une confiance en elle étourdissante, Fever est un incroyable condensé d’énergie positive qui ensorcelle par son honnêteté. À titre d'exemple, citons « Pimpin », tutoriel de cunnilingus à l'adresse de ses (nombreux) prétendants et « Simon Says », cours de fitness pour pole-danseuse en herbe avec dans le rôle du coach adjoint cette crapule de Juicy J, qui évolue ici en pleine zone de confort. Mais au-delà des textes provocateurs et des refrains accrocheurs, c’est avant tout la bestialité du flow de Megan Thee Stallion qui impressionne et fait de Fever un disque qu'on a bien du mal à mettre de côté. Évidemment, Megan Thee Stallion n’est pas la première à jouer cette carte de la Queen Bitch puisque Lil Kim, Nicki Minaj puis Cardi B ont successivement balisé le terrain ces 20 dernières années. Mais là où ces dernières ressemblent à de purs produits de l'industrie (ou le sont rapidement devenus), Megan Thee Stallion reste ce diamant brut et sauvage : même si on comprend vite qu'elle sait où elle met les pieds, son album est authentique et transpire le Dirty South comme peu d'autres disques le feront peut-être cette année.

Avec Fever, la tornade Megan Thee Stallion se positionne donc comme la nouvelle "Queen of the south", une Daenerys Targaryen de ce rap jeu qui n'a pas besoin de trois dragons pour tout cramer sur son passage. Personnage à la féminité débridée et à la sexualité bouillonnante (en ce sens, on la rapproche de CupcakKe, une autre femme libérée à découvrir de toute urgence), la Texane de 24 ans démontre qu'il ne faut pas avoir une bite dans le caleçon pour être le digne héritier de la Three 6 Mafia, de UGK et des Geto Boys. Une fois de plus, l’été sera chaud du côté de Houston. 

Le goût des autres :