Fade

Yo La Tengo

Matador  |  2013
9 / 10
par Pauline  |  le 16 janvier 2013

Yo La Tengo n’a plus rien à prouver. 12 albums, 25 ans de carrière, un public fidèle de fans ébahis, un nom connu que les journalistes adorent name dropper dès qu’un nouvel indie band fait son apparition, et tout juste assez d’argent pour continuer à faire ce qu’ils aiment… Le trio d’Hoboken a le pack indé complet.

Et pourtant, James, Ira et Georgia admettent volontiers qu’ils ont ce sentiment tenace que chaque album sera le dernier. Qu’est-ce qui anime encore un groupe culte en 2013 sur une scène saturée ? Et si c’était tout simplement de continuer de faire vivre un son qu’ils ont mis plus de deux décennies à inventer, à affiner, à parfaire ?

En contemplant la belle pochette de Fade, première grosse sortie estampillée 'indie rock' de l’année, on est fiers, un peu émus que ce groupe respire encore. Avec cette fâcheuse tendance qu’ont les bons groupes à splitter (certains pleurent encore en pensant à la séparation des Silver Jews), on s’émerveille que la formation qui a secoué la pop en 98 avec I Can Hear the Heart Beating as One ait tenu le choc. Comme un vieux couple, Yo La Tengo est bardé de ces routines rassurantes qui donnent l’impression qu’il durera pour toujours : label fidèle, série de concerts dans le même bar tous les ans pour Hanoukka, un album tous les trois ans suivi d’une tournée. Yo La Tengo, c’est ce groupe qui donne ce sentiment illusoire que la pop rend invincible.

Et si YLT lui-même a peur que sa source se tarisse, on peut se rassurer en écoutant Fade. Trois ans après Popular Songs, il dénote de la même puissance créative. Tout y est : les guitares langoureuses, les voix magiques, les rythmiques envoûtantes et surtout l’inventivité du songwriting du groupe. Plus downtempo que son prédécesseur, Fade est un album doux et mélancolique qui porte bien son nom. Tout droit dans la lignée de And Then Nothing Turned Itself Inside Out, il ne s’encombre de rien. Les guitares slident, les voix murmurent et la magie habituelle opère. Il n’ébranle pas le petit monde de Yo La Tengo, ne le bouleverse pas, mais continue à jouer une éternelle variation de ce thème que l’on adore.

Fade est une déclaration d'amour de Yo La Tengo à sa propre musique et à chacun de ses membres, triste comme un adieu. Où l'esprit indie et la musique du groupe ont été concentrés en 10 titres-somme. Le son se limite à l'essence de ce que le trio d'Hoboken a essayé de créer en près de trente ans de carrière. Tout ce qu'est Yo La Tengo, et tout ce qu'on aime qu'il soit, se cache dans chacun de ces titres. Comme chaque album du trio, il se termine par un morceau plus long, répétitif, "Before We Run", en forme d'invitation tentante à s’échapper. Un dernier élan qui montre que Yo La Tengo, malgré les doutes qui hantent ses membres, vit encore. Et qu’il reste ce groupe vers lequel on a toujours envie de revenir. 

Le goût des autres :

note : 99/10Maxime note : 88/10Julien L