Face Your Fear

Curtis Harding

Anti-  |  2017
6 / 10
par Alexis  |  le 14 novembre 2017

En y revenant avec nos trois ans de recul, Soul Power, premier album de Curtis Harding, était un très bon cru. On y découvrait un ancien choriste de Cee-Lo Green, bien calé dans sa trentaine, qui baignait avec succès sa culture Motown dans des influences garages. L’ami Curtis dévoilait surtout une science du single, un talent pour trouver la mélodie qui se cale bien au fond de votre crâne, comme si elle avait toujours été cachée là.

Et voilà qu’à l’automne 2017, Harding et sa moustache de pornstar des eighties se rappellent à notre bon souvenir. Si Soul Power avait été un travail solitaire, Face Your Fear sera collectif: Sam Cohen (Norah Jones, Kevin Morby) co-signe et co-produit quasiment chaque chanson, tandis que l’omniprésent Danger Mouse accueille le chanteur dans ses studios pour les onze titres. Celui-ci se mue en mentor pour Harding, et les deux se mettent d’accord pour laisser la guitare sur la touche pour ce prochain disque.

À ce moment on s’inquiète un peu: Soul Power ne brillait pas par une originalité folle, mais la six cordes complimentait parfaitement la voix maîtrisée de Harding, apportant un peu de folie lorsque les titres se faisaient linéaires. La mettre en sourdine, noyée dans la production, nous laissait de facto avec la peur du vide. Si Harding risquait de laisser quelques chicots sur le projet, il s’en sort, mais sans éviter un peu de casse.

Pour comprendre les réussites de Face Your Fear, il faut se tourner vers Sam Cohen et sa basse parfaitement ronde et dansante. Les riffs brillants de la quatre cordes rythment les meilleurs morceaux (“On And On”, “Need Your Love”), et magnifient la capacité d’écriture de Harding. Lorsque s’y ajoutent trompettes, guitares acoustiques, et choeurs barrés, on aboutit à “Till The End”, morceau riche, surprenant et addictif, de loin le plus jouissif de l’album. De plus le soulman sait écrire de très belles chansons, en témoigne ce “Wednesday Morning Atonement” superbement produit, qui fonctionne aussi magnifiquement dépouillé de tout apparat.

Mais le nouveau padawan de Danger Mouse pêche aussi par manque d’exigence. Être capable de nous pondre d'excellentes singles qui flatteront le label ou le reach sur les réseaux sociaux n’excuse pas la vacuité de “Welcome to My World”, qui ne propose rien sur 3 minutes, ni même les plats “Need My Baby” ou “Ghost of You”. Face Your Fear nous laisse donc avec une impression mitigée: en changeant ses habitudes d’écriture, Harding nous livre ses plus belles compositions, mais se montre surtout incapable de tenir la distance sur onze titres. Disons que ce sera juste assez pour nous faire patienter d'ici la troisième livraison du soulman d’Atlanta. Des instants de grâce qui font passer outre les plus grosses indigences: appelez-le Curtis Balotelli.