Everything Not Saved Will Be Lost Part 1

Foals

Transgressive Records  |  2019
7 / 10
par Maxime  |  le 18 mars 2019

On va se dire les choses franchement : être amateur d'indie rock mainstream c’est pas le gros panard. Les rookies capables de renverser la table se font rares, les fameux groupes en "The" d’il y a 20 ans sont devenus des rentiers et les Franz Ferdinand, Bloc Party, et autre Foals n’ont guère tenu les promesses que leur début de carrière en fanfare laissait présager. Bref, 2001 c’est loin et on ne sait plus trop si c’est de la bonne musique que l’on cherche en vain ou si c’est soi-même. Foals donc : autant dire qu’au moment où l’on lance le nouvel album du quartet d’Oxford (le bassiste original Walter Gervers s’est fait la malle et n’a pas trouvé remplaçant) l’excitation n’est pas à son comble. Il faut souligner que les deux précédents longs formats du groupe sont de bons gros ratages. Pourtant il se passe très vite quelque chose d’inattendu : il apparait qu’Everything Not Saved Will Be Lost Part 1 est un bon disque.

Pas un classique instantané bien sûr, pas un très grand disque, mais un vrai bon album. Une galette qui pour le groupe est à la fois l’occasion de revenir à leur son original tout en offrant une proposition plus nouvelle, libérée des oripeaux pop de stade dont leurs dernières livraisons s’étaient affublées. Il suffit d’ailleurs d’entendre les premiers concerts supportant ce nouvel album, les anciens « tubes » "Mountains At My Gate" et "My Number" qui souffrent dans leurs versions studio d’emphase et de lyrisme à haute dose sont repris dans des versions dépouillées et rythmées qui donnent presque envie de les réhabiliter. Les Anglais ont souhaité revenir au son plus viscéral de leur entrée fracassante dans l’indie game au cours de la seconde partie des 2000s et ça se sent. Exemple avec "White Onions" qui compense son titre ridicule par une cavalcade dans laquelle la batterie et la guitare se tirent la bourre comme à la grande époque d’Antidotes, tout comme les deux dernières minutes saccadées de "Sunday" sur lesquelles il est impossible d’empêcher ses pieds de se mettre à bouger en cadence de manière autonome.

De l’autre main Yannis Philippakis et sa bande ralentissent le tempo, sur "Exit" ou "Syrups", comme si l’urgence planétaire dont la dénonciation sert de propos au disque se devait d’être servi par une forme plus retenue. Mais plus que le contenu, c’est la touffeur du son qui emporte la mise : dehors il fait beaucoup trop chaud pour un mois de février et dedans les enceintes crachent un Foals moite à tendance prog sous soleil qui crame. "In Degrees" prend encore un autre contrepied sur un beat lourd et une basse bien grasse lorgnant du côté de l’afrobeat, et là aussi c’est plutôt réussi, tout comme "Cafe d’Athens" dont la production pourrait être sortie du laboratoire d'un Four Tet. Au final, seuls les plus convenus "On The Luna" et la conclusion "I’m Done With The World (& It’s Done With Me)" et sa boucle de piano, seul moment où l’instrument émerge sur l’album, nous laissent froids.

Globalement, si tout n’est pas réussi, l’ensemble est suffisamment osé et sophistiqué pour que l’on dise oui, Foals arrivant à conjuguer retour aux sources math-rock et explorations de nouveaux territoires. Rares sont les groupes qui arrivent à se remettre en selle après plusieurs disques en demi-teinte, et il est clair que l’on ne misait pas bien gros sur le retour des Britanniques. Mal nous en a pris, car sans être un chef d'œuvre, Everything Not Saved Will Be Lost Part 1 est suffisamment dense et intéressant pour que l’on se donne la peine d’attendre la deuxième partie d'ores et déjà annoncée pour cet automne.