Eternal Return

Windhand

Relapse Records  |  2018
7 / 10
par Albin  |  le 5 octobre 2018

Windhand partage au moins un point commun avec les voitures allemandes. Je ne me risquerai pas à évoquer le bilan carbone du groupe de doom originaire de Richmond, West Virginia, mais bien cette obsession à resservir la même copie, album après album, avec ce souci d’apporter de subtiles améliorations qui ne se révèlent qu’après un usage intensif. Un peu comme chaque nouvelle génération de l’Audi A4: au premier coup d’œil, la caisse ressemble comme deux goutes de diesel au modèle précédent. C’est uniquement quand on s’installe derrière le volant qu’on prend conscience des innovations technologiques embarquées. Pareil avec Windhand: Eternal Return, quatrième album du groupe, s’écouterait presque comme une copie carbone des exercices précédents. Une démarche dont le groupe semble même s’amuser, si on considère l’ironie du titre du disque.

Or, comme pour la dernière livraison de la berline à 40 plaques de la marque aux anneaux, c’est bien dans les détails qu’il faut aller chercher la preuve, indéniable, que Windhand poursuit bel et bien sa marche en avant, au point de s’imposer aujourd’hui comme l’un des fers de lance d’un doom tellement mélodieux qu’il en revêt des accents presque pop. Rappelons au passage qu’une fois encore, la production de l’album a été confiée à un certain Jack Endino, le mec qui a façonné le son de Nirvana et de Soundgarden pour les rendre diffusables sur n’importe quelle radio grand public à l’heure du goûter.

Certes, les morceaux de Windhand présentent pratiquement toujours les mêmes structures: une intro qui repose sur deux accords de guitare fuzz, un couplet, un refrain, une harmonisation attendue en guise de pont et l’affaire est dans le sac. C’est plutôt du côté des prouesses vocales de Dorthia Cottrell, chanteuse aussi énigmatique qu’envoûtante, que l’évolution se fait ressentir. Faisant fi du poids des guitares, elle finit toujours par apporter une étonnante touche de délicatesse à des morceaux pourtant taillés pour la bande de circulation réservée aux véhicules de plus de 5 tonnes. Il s’en dégage une surprenante sensation de légèreté, malgré les efforts consentis par l’orchestre qui l’accompagne pour nous écrabouiller comme un pain à durum.

La fraîcheur du timbre vocal de Dorthia Cottrell s’impose dès lors comme le véritable fil conducteur de cet album. C’est bien entendu une évidence sur les morceaux qui répliquent les modèles déjà éprouvés sur les disques précédents ("Halcyon", "Grey Garden", "Red Cloud"). On le découvre désormais également sur des compositions qui osent se démarquer de la trame originale: une ballade aux accents folk électriques sur "Pilgrim’s Rest ", mais aussi un titre plus dur qu’à l’accoutumée, le vindicatif "Eyeshine" qui voit le groupe rétrograder et ralentir encore un peu plus la cadence pour sombrer dans un abîme de lenteur.

Comme pour mieux insister sur sa démarche, Windhand rassemble d’ailleurs tous ces éléments (chant mélancolique, rythmique d’hippopotame aux abois, ronron des guitares aux vertus thérapeutiques) sur un dernier titre, le bien nommé "Feather", qui résume à lui seul tout le bien qu'on pense de cet album. Comme le commentait si bien un fan sur un fil Reddit qui tentait de décrypter les paroles de ce nouveau disque: Dorthia vole tellement haut sur ces compositions qu’on jurerait qu’elle chante depuis la pièce d’à côté.

Seul petit regret : Windhand semble désormais définitivement tourner le dos aux parties acoustiques, fabuleux moments contemplatifs qui rythmaient à merveille ses disques précédents. Souvenez-vous des respirations en apesanteur de "Boleskine", intense morceau de 30 minutes qui bouclait l’album Soma en 2013. On se consolera en se disant que ces compositions à la guitare sèche atterriront peut-être sur un hypothétique deuxième album solo de Dorthia Cottrell, un exercice qui, lui aussi, lui va comme un gant.