Erotic Reruns

Yeasayer

Yeasayer Records  |  2019
4 / 10
par Quentin  |  le 27 juin 2019

Trouver de la continuité chez Yeasayer n'est pas chose aisée. On ne parle pourtant pas d'une discographie longue comme le bras puisqu'on aurait suffisamment de doigts sur une seule main pour arriver à ce cinquième album. Cela n'empêche que Chris Keating, Anand Widler et Ira Wolf Tuton ont abordé chaque disque comme une création indépendante. Une volonté compulsive d'expérimentation qui dure déjà depuis plus de 10 ans (parce que oui All Hour Cymbals, c'était en 2007 en fait), qui aura parfois divisé, mais qui aura toujours eu l'avantage d'être audacieuse. 

Pour le coup, Erotic Reruns est peut-être le plus gros virage esthétique proposé par le groupe. À des kilomètres de l'atmosphérique (et très moyen) Amen & Goodbye paru en 2016, on découvre cette fois un album résolument pop. Neuf titres en 30 minutes et qui font l'impasse sur un côté énigmatique qui semblait pourtant si cher au groupe. Énigmatique ne veut pas forcément dire complexe, soyons clairs, mais l'énigme a au moins l'avantage de titiller le cerveau humain. C'était faussement complexe, c'était un peu mystérieux. Évidemment que ça allait attirer les fans égarés d'Animal Collective. Alors lorsque lassés d'être mystérieux, Yeasayer a décidé de faire de la pop, peut-être ont-ils cru qu'ils découvraient les Amériques. Faire de la pop oui, pas de doutes là-dessus. Mais faire de la bonne pop est une autre question. Et c'est bien là le problème, il ne faudrait pas croire que parce qu'elle est accessible, la pop est forcément facile. 

Sur le plan purement sonore, Erotic Reruns, est sans doute ce que le groupe a fait de plus accessible depuis 2009 et Odd Blood. Moins d'expérimentations, moins de paysages sonores denses, le groupe vise l'efficacité et les mélodies accrocheuses. Ce qui fonctionne parfois comme le prouvent "People I Loved", "Ohm Death" ou "Let Me Listen In On You", un morceau qu'on croirait écrit en hommage au Bee Gees. Mais qui laisse majoritairement à désirer sur les autres titres. Il y a 10 ans, on vous disait d'Odd Blood qu'il "n'impressionne pas, ne déstabilise que très peu, ne fait pas voyager bien loin." Une critique qu'on aimerait désuète, mais qui est malheureusement toujours d'actualité. 

Ce qui dérange surtout, c'est que Yeasayer semble en pleine crise identitaire. Alors oui, les Américains ont toujours désiré partager leur vision du psychédélisme et il faut être honnête, on a mordu à l'hameçon en 2007. Le problème, c'est qu'ils ont continué à composer précisément de la même manière et que ce qui paraissait novateur à l'époque sonne complètement dépassé en 2019. Alors qu'ils se savent meilleurs dans l'expérimentation, on considérera cette tentative de pop accrocheuse comme un gros coup dans l'eau. Car la force de la pop est de vous laisser une mélodie en tête après une simple écoute et pour le coup, on serait bien en peine de vous siffloter un seul titre de Erotic Reruns.