End Of Daze

Anthony Pateras & Robin Fox

Editions Mego  |  2009
7 / 10
par Simon  |  le 28 mars 2009

Repérés il y a de ça six ans par l’excellent label autrichien Editions Mego, Anthony Pateras et Robin Fox continuent inlassablement leur petit bout de chemin ensemble en proposant ici le troisième volet d’une longue série de collaboration enflammées. Les noms de ces deux Australiens ne vous évoquent peut-être rien à première vue, et pourtant il serait totalement erroné de conclure à une certaine paresse musicale de la part des deux compères. Pateras, considéré comme un des piliers de la scène électro-acoustique, s’est notamment illustré avec Chasms, admirable troisième album composé entièrement à partir de matériaux de récupération et figure parmi les rares collaborateurs de Fennesz sur l’excellent Black Sea. Robin Fox est quant à lui devenu célèbre grâce à ses prestations live remarquables, bien aidé par ses lasers et autres oscilloscopes directement reliés à sa musique elle-même.

Mais ces quelques descriptions ne pourront très certainement pas décrire la folie qui règne dans cette troisième œuvre commune. Basés sur une double expérimentation live, les laptops hurlent leur liberté avec une telle force qu’il paraît difficile de distinguer le calcul de l’aléatoire. Alors, comme pour mieux conjurer notre incompréhension première, on se raccroche en désespoir de cause aux textures de toutes sortes, parfois entremêlées de borborygmes et autres voix ravagées, toujours travaillées avec une précision diabolique. Qu’elles soient minimales (« You’re All Answers », « Hyperpole »)  ou complètement ancrées dans une violence inouïe, les pistes sont indéfectiblement guettées par des instincts de rupture omniprésents, capables de transformer un calme apparemment plat en ouragan de métal. A plein volume, les enceintes carbonisent les oreilles de par les bourdonnements incessants de cette musique démoniaque que rien ne semble pouvoir apaiser.

Puis les écoutes se font successives, l’oreille s’habitue à cette déferlante de structures iconoclastes pour finalement se mettre à apprécier à sa juste valeur le travail fourni sur End Of Daze. Car plutôt que d’emprunter des chemins éternellement bruitistes et rentre-dedans, Anthony Pateras et Robin Fox travaillent la matière sonore au scalpel, observant par là toutes les potentialités d’une infinité de sons entièrement digitalisés. Une sorte de breakcore sans beat, un florilège de sons en pagaille qui ne trouve sa cohérence que dans l’écoute répétée de leurs constructions. Car c’est bien là que le mystère apparaît : on a bel et bien affaire à un disque qui soulève plus de questions qu’il ne donne de réponses, et pourtant il ne fait nul doute que ce concentré de haine informatique contient en son cœur cette force qui le rend tellement intéressant. Un disque qu’apprécieront les amateurs de musiques libres, voire ceux, plus masochistes, qui seraient tentés par une expérience parfois extrême.