El Pintor

Interpol

Soft Limit  |  2014
7 / 10
par Jeff  |  le 12 septembre 2014

Quand on s’appelle Interpol et qu’en 2002 on a sorti sur Matador un classique indémodable comme Turn On The Bright Lights, c’est autant une bénédiction qu’un cadeau empoisonné. Une bénédiction car depuis, la bande à Paul Banks cachetonne sérieusement sur la notoriété acquise à l’époque alors que la qualité des albums depuis pondus est inversément proportionnelle à la folie médiatique qu’ils déclencent. Mais un cadeau empoisonné également, car en se servant du premier album comme étalon-or, on enquille les déceptions depuis une bonne dizaine d’années, à un point tel qu’aujourd’hui, la sortie d’un nouvel album d’Interpol nous en touche une sans bouger l’autre. Pourtant, lorsque le premier single issu de The Pintor a fait surface, on a tiré une drôle de tronche. Ben ouais, c’était d’une efficacité redoutable et ça renvoyait à cette froideur qui nous avait fait tomber fou amoureux du groupe à l’entame des noughties. Ou comment rallumer la flamme post-punk en 4 minutes et 22 secondes. Ce cinquième album désormais rincé et analysé avec toute la distance qu’il mérite, on peut vous confirmer qu’Interpol nous a fait le même coup que les Kings of Leon avec leur Mechanical Bull l’année dernière: consciente d’être à bout de souffle et à court de bonnes idées, la bande new-yorkaise a opéré un repli stratégique, synonyme de retour en arrière et de frottement explicite de la corde sensible. Une choix de carrière qui résonne autant comme une décision frappée au coin du bon sens que comme un aveu d’impuissance créatrice. Ainsi, El Pintor, loin d’atteindre les sommets de Turn On The Bright Lights, tend à se rapprocher d’Antics, soit un disque bien écrit et bien produit, capable de tenir la route grâce à une poignée de singles plutôt redoutables, dont certains ressemblent à s’y méprendre à des choses qu’on a déjà entendues chez eux. A l’arrivée, il en ressort un sentiment assez paradoxal: car s’il est bien difficile de ne pas reconnaître à El Pintor des qualités certaines, il témoigne surtout de l’incapacité d’un groupe à se renouveler ou à élever un tant soit peu son niveau de jeu. Dommage, mais trop quand même donc.

Le goût des autres :

note : 66/10Amaury L note : 77/10Michael note : 77/10Maxime