Ekstasis

Julia Holter

RVNG INTL.  |  2012
8 / 10
par Julien L  |  le 23 juillet 2012

Ekstasis, troisième album de Julia Holter, prolonge l'ébranlement, le trouble musical inauguré sur Tragedy paru l'année dernière : un épanchement inspiré par le théâtre de la Grèce antique, une trame narrative mythologique. L'album a été enregistré au même moment que Tragedy, mais là où ce dernier puisait sa force dans la linéarité presque cinématographique (thématique et musicale), l'artiste s'affranchit de toutes contraintes sur Ekstasis et se rapproche, volontairement ou non, d'une écriture aux inclinations beaucoup plus pop. Quand à la voix de Julia Holter, elle se colore de la tessiture d'autre grand noms, tout particulièrement Trish Keenan (feu la voix d'or de Broadcast) et, de manière encore plus évidente, Stina Nordenstam.

"Marienbad", premier morceau de l'album dont le titre est une référence directe au film « L'année dernière à Marienbad » d'Alain Resnais, ancre la tonalité du reste de l'album: complexe et galante à la fois, entre la douceur de l'introduction du morceau et le pont aux syllabes répétées rappelant "O Superman" de Laurie Anderson. Ekstasis a le pouvoir d'évoquer, d'invoquer diverses autres entités nécessaires tout en préservant sa propre unité, sa propre personnalité ("Boy in the Moon" illustrant, par exemple, le mariage fictif de Brian Eno période ambiante à Nico période Desertshore). Le titre de l'album, tiré du latin et signifiant "être en dehors de soi-même, justifie les dédales sonores empruntées par Holter. Tout ici est bel et bien au-delà et en dehors: les compositions puisent dans le baroque et transfigurent le songwriting traditionnel.

Ces objets sonores d'une apparente complexité évoquent un angle tout autre de la musique pop moderne, même si le terme « pop » doit évidemment être ici pris à la légère. Jusqu'aux dernières volutes de saxophone free-jazz de "This Is Ekstasis", Julia Holter s'empare de l'art du camouflage, survole les époques, irrigue les compositions d'Ekstasis de torrents acoustiques et synthétiques, insolents et ingénieux. Le tout pour nous offrir un disque qui, tout bien réfléchi, porte magnifiquement bien son nom.