Drip Or Drown 2

Gunna

300 Entertainment  |  2019
6 / 10
par Aurélien  |  le 4 mars 2019

Si l’afro-futurisme est en vogue au cinéma depuis Black Panther, dans la musique ce courant n’est jamais passé de mode. D’abord par le jeu halluciné de Sun Ra et la funk psychédélique de Parliament, puis plus tard par l’univers techno de Drexciya, le mouvement a traversé les décennies et continue d’entretenir une mythologie qui n’a de cesse de passionner. Si aucun disque n’a su revendiquer officiellement cette identité dans les années 2000, difficile pourtant de ne pas voir dans le Barter 6 de Young Thug une nouvelle pièce du puzzle, lui qui emmenait le reptile d’Atlanta dans les profondeurs sous-marines si chères à Drexciya, explorant une ville submergée par la montée des eaux.

Cinq ans plus tard, Young Thug a tracé une voie bien différente de celle à laquelle le prédestinait son disque. D’ailleurs, l’apogée de sa carrière semble derrière lui : il est rentré dans une routine confortable et semble appartenir à une arrière-garde qui parraine à sa manière plein de nouveaux rappeurs. Parmi eux, il y a Gunna, trappeur moderne à la productivité exacerbée. Un sponsoring de poids qui offre au rookie une belle exposition, mais l’oblige à respecter l’héritage de son parrain alors qu’il se sent de toute évidence plus proche de l’hyper-spontanéité de l’école Pi’erre Bourne ou Tay Keith. Deux salles, deux ambiances pour un MC qui a choisi de ne pas choisir.

Capable du meilleur sur les disques des autres – le "Yosemite" de Travis Scott, où il surfe sur une ligne de guitare tout droit sortie d’un disque des Red Hot Chili Peppers – et de moins bonnes choses quand il s’agit de s’illustrer en solo, Gunna enchaîne les projets, mais peine à convaincre réellement. S’il est de toute évidence un artiste infiniment moins hors-norme que son parrain, il a pour lui ce grain de voix smooth et un certain sens du hook, qui compense des choix de productions bancals. Il peut heureusement compter sur la présence de Wheezy, le beatmaker déjà responsable des plus beaux miracles de Barter 6. Un soutien de poids qui permet au rappeur d’Atlanta de retrouver les profondeurs sous-marines de Barter 6, et de renouer avec cet afro-futurisme romantique qui caractérisait le disque de Young Thug – même si, format mixtape oblige, il contraint l’auditeur à un effort de tri conséquent.

S’il n'a rien du coup de maître, Drip Or Drown 2 a quand même de sacrés arguments à faire valoir : il renvoie à la pièce maîtresse du répertoire de Young Thug, et lui offre une suite digne de ce nom. S’il peine à s’émanciper définitivement de la tutelle de Thugger, il se montre en pleine possession de ses moyens sur ce qui ressemble à son disque le plus abouti depuis qu’il est apparu dans nos algorithmes Spotify. Pas de quoi faire de lui le rappeur du moment certes, mais on a au moins la certitude que s’il s'obstine dans cette direction, le meilleur reste à venir.

Le goût des autres :