Down & Out in Paris & London

AutoKratz

Kitsuné  |  2008
4 / 10
par Julien  |  le 20 novembre 2008

Avant même d'avoir sorti leur premier album, sur la base d'un seul et unique single (« Stay The Same »), AutoKratz était célèbre, invité à l'affiche des principaux festivals estivaux, sur les lèvres de tous les jeunes clubbeurs. Un rouleau compresseur bien emmené par Kitsuné, devenu depuis déjà quelque temps maître dans la promotion de ses jeunes têtes. Le plan marketing est d'autant plus réussi que, très honnêtement, Down & Out in Paris & London n'est pas loin d'être une soupe.

Pour comprendre l'impasse dans laquelle Autokratz se situe, il faut revenir sur l'histoire très récente de la French touch 2.0. Après la première vague Justice-Digitalism-Simian Mobile Disco est venu le deuxième rouleau avec Boys Noize et Sebastian. Nettement plus agressifs, ceux-ci se sont octroyé le plaisir de concasser les rythmes, de les compresser au maximum, de les écraser par des sonorités très sales et violentes. Autokratz en retient cette crasse numérique, ces gimmicks ultra-bourrins, et délaisse au contraire tout le travail sur le rythme. Ce qui donne, par une soustraction simple, des compositions à la production sauvage mais sans la moindre énergie. « Reaktor », qui ouvre l'album, est à ce titre un supplice : difficile de ne pas avoir de réaction allergique aux pets électroniques qui lui font office de basse, impossible de ne pas finalement s'ennuyer tant sa progression est linéaire.

Tsugi, dans son numéro d'octobre, écrit avec entrain que le duo londonien renoue avec une forme primitive de techno 90's. On comprend le rapport sur les structures squelettiques, mais on a du mal à trouver d'autres ponts à faire. Pire, il s'agit selon moi d'un contre-sens. Tempos relativement lents, incapacité à choisir entre violence et mélodies, on est bien loin de la radicalité d'un Dave Clark. Et pour cause, la plupart des titres (notamment leur vitrine « Stay the Same ») alternent un motif catchy et une ligne vocale pop comme s'ils ne pouvaient vivre l'un sans l'autre. C'est bien dommage car les meilleurs titres de Down & Out in Paris & London sont justement ceux qui osent prendre un parti précis : « Last Show » est irréprochable dans sa tentative de faire du Robert Smith en techno, « Just Keep Walking » est un vrai brûlot avec enfin une rythmique puissante. On notera aussi « It's On », titre efficace et tubesque quand bien même pompé sur « Around The World » (les quatre premières mesures sont identiques). Des titres qui sauvent in extrémis AutoKratz de la catastrophe ; seulement il n'y a pas de génie pour autant, aucune promesse de laissée, seulement quelques politesses pour faire passer la pilule.

Le goût des autres :

note : 55/10Adrien