Disparitions

Jonathan Personne

Michel Records  |  2020
7 / 10
par Maxime V  |  le 26 octobre 2020

Qu'est-ce qui est jeune et qui n'attend pas ? Jonathan. Jonathan Personne. Une fois remis de la crampe abdominale causée par cette adaptation vaseuse d'un meme de 2017, passons à la présentation d'un artiste prenant la tangente du chemin qu'il trace avec son propre groupe.

Jonathan Robert à l'état civil, figure trentenaire du talentueux groupe canadien Corridor que l'on aime beaucoup ici, a pris le pseudonyme de "Personne" pour officier en solo et réaliser deux albums sans ses camarades montréalais. Disparitions est en effet le second disque sorti sous ce nom de Personne depuis février 2019 - le premier, Histoire naturelle, avait échappé à nos radars. Ce LP ne fait pas partie du catalogue de Sub Pop, maison mère du groupe francophone, mais de celui d'un label plus confidentiel : Michel Records.

Les familiers de Corridor ne seront pas déboussolés à l’écoute de Disparitions. Mais n’auront pas non plus d’impression de « déjà entendu ». Jonathan Personne plante ici un décor plus vaste que celui présenté dans la formation acclamée par la critique. Plus cinématographique. Des mini-westerns, on en compte quelques uns dans cet album de 40 minutes : l’intro façon plan séquence « Personne », la chevauchée de guitares entendue sur « Terre des Hommes », le désert formé par l’absence d’êtres chers dans « Disparitions », la conquête d’un far west sentimental dans « Dernier train » et le thème final où l’on zoome sur les portes battantes du saloon pivotant pour la dernière fois dans « Evidemment ».

Dans tout Disparitions transpire un amour de la guitare électrique pour ce qu’elle est et qu’elle a été, une affection pour un rock à papa en mal de reconnaissance dans le rock indé contemporain. Aucune trace de solo kitsch ici mais quelques gimmicks ça et là : les accords simples structurant « Au final » ou encore la lead guitar en roue libre entendue à la fin de l’excellent premier single « Springsteen », symbole de la synthèse réalisée par Jonathan Personne dans ce nouvel album.

Jonathan Personne marque sa différence sans jamais aller jusqu'à la rupture. Son parcours rappelle celui d'un Jimmy Hunt, lui aussi québécois, qui prend de temps à autre ses distances avec sa formation psyché Chocolat pour mieux revenir au travail de groupe tout en pilotant sa propre carrière en solitaire. On se gardera bien de développer le parallèle entre les deux hommes : cet exercice s'avère souvent périlleux voire inepte. En tout cas, les deux Canadiens réussissent à composer et interpréter de grands moments d'indie rock en français, à la fois lorsqu'ils sont bien entourés et lorsqu'ils s'exilent. Ce qui nous fait dire aujourd’hui que Jonathan Personne est assurément en train se faire un nom.