Die Zauberhafte Welt Der Anderen

Voigt & Voigt

Kompakt  |  2013
8 / 10
par Simon  |  le 18 février 2013

La matriarche de la famille Voigt a dû passer des soirées entières à se ronger les ongles en attendant le retour de ses deux gamins. Deux frères pour qui la vie nocturne est rapidement devenu un mode de vie naturel, amenant l’un à fonder Kompakt – l'une des plus grosses machines industrielles de la musique électronique, comme label ou distributeur de disques – et l’autre à poser sur la structure de son frère.

Ces deux-là, c’est Reinhard Voigt et Wolfgang Voigt, deux rejetons du clubbing made in Köln que ce disque rassemble enfin sur long format. Car la doublette Voigt, on la connaît pour avoir balancé un nombre respectable d’EPs sur la série Speicher, sous-label consacré à la musique de club pure et dure de la maison mère, avec une certaine réussite.

Et autant le dire d’entrée de jeu, avec Die Zauberhafte Welt Der Anderen – littéralement « Le Monde magique des autres » - la fratrie Voigt abandonne clairement sa passion du one shot sur EP pour construire une œuvre à appréhender comme un tout construit, cohérent et extrêmement narratif sur la longueur. Dix titres qui ont pour trait commun un véritable parti-pris graphique, une vraie couleur qui rassemble tous les titres en son cœur.

Car Die Zauberhafte Welt Der Anderen c’est avant tout une palette sonore qui cherche à éloigner ce disque du « tout fonctionnel ». Ambiances sombres et mystiques, obsession du traitement au clavecin (vu le passé de Wolfgang sur le très rugueux Freiland Klaviermusik LP, ça ne peut venir que de lui), habillage électro-acoustique : ce premier effort collaboratif est un disque qui se joue dans un manoir, époque Seconde Guerre mondiale. Un disque nocturne qui tourne toujours à l’intrigue, qui fait miroiter des choses cachées, avec ou sans kick en embuscade.

Une musique pour grand film d’espionnage, qui plaira à tout ceux qui se dopent aux ambiances mystico-pornographiques d’envergure. Apprécieront également tous ceux qui aiment leur kick accompagné d’une batterie live tout sauf envahissante, ou qui le conçoivent rond et entouré d’une ambiance d’ombre et de flamme.

Pendant plus d’une heure (on précise tout de même que les vingt minutes du dernier titre n’étaient pas vraiment nécessaires, surtout pour que ça finisse en trip hindou), on assiste à un appel d’air gigantesque, à la construction d’un disque qui se conçoit comme un polar de Mary Higgins Clark. Un disque baroque à souhait, qui se vit comme un récit à la Twin Peaks raconté par une femme à la bûche complètement hallucinée.

C’est fort en émotions, et ça nous conforte dans l’idée qu’une fois sorti des chemins de traverse, l’omnipotent Kompakt peut aussi sortir de grands disques. Si vous aimez le Simpson Horror Show, ce disque est pour vous.