2007

Die Verboten

Deewee  |  2015
9 / 10
par Jeff  |  le 5 décembre 2015

En 2007, tout allait comme sur des putain de roulettes pour Soulwax. Le groupe gantois surfait sur la vague dance-rock-electro qu’il avait lui-même déclenchée avec Nite Versions deux ans plus tôt. Un truc complètement bâtard, qui a usiné pas mal de chouettes souvenirs, de bonnes soirées, de gros délires entre potes et quelques sévères gueules de bois - au sens propre comme au sens figuré. Avec des gens comme Erol Alkan, Tiga ou LCD Soundsystem, Stephen et David Dewaele incarnaient avec intelligence et talent cette scène un peu fourre-tout qui avait pour principal intérêt de fédérer fans de rock et de musiques électroniques autour d’un truc qui faisait pas mal suer.

2007, c’était aussi l’année des premières Soulwaxmas, ces immenses bamboulas qui allaient s’exporter un peu partout en Europe. C’était aussi l’époque où les 2 Many DJ’s incarnaient une certaine forme de coolitude. Bref, les Dewaele de 2007 étaient au cœur de quelque chose qui a dû probablement les dépasser un peu, à un point tel que nos deux bros en sont arrivés à préférer l’immobilisme et les gros cachets à la pérennité artistique de leur entreprise. Conséquence : en 2015, le nom de Soulwax ou de 2 Many Dj’s ne fait plus rêver grand monde. Sauf peut-être quand, avec James Murphy, ils se produisent sous le nom de Despacio, du nom de ce soundsystem gigantesque (50.000 watts quand même) qu’ils ont créé de toutes pièces pour leurs dj sets à six mains.

Aujourd’hui, on ne peut s’empêcher de se demander à quoi ressemblerait le statut de Soulwax si cet album de Die Verboten, enregistré en 2007 en compagnie du producteur Riton et de l’artiste Fergus 'Fergadelic' Purcell, était sorti cette année-là. Et surtout, on ne peut s’empêcher de grommeler que bordel de merde, ça nous fait royalement chier de se dire que ce truc a pris la poussière sur une armoire pendant autant d’années alors que la qualité était au rendez-vous - en même temps, c'est pas comme si on s'en doutait, vu qu'un 12", Live in Elvissa (un titre de 19 minutes inclus sur cet album) était déjà sorti en stoem' en 2009.

C’est sûr qu’il y a huit ans, un album comme celui-ci aurait désarçonné pas mal de fans, surtout à une époque où le kraut, le prog ou le space-disco avaient un peu moins le vent en poupe auprès de la frange la plus prescriptrice du public et de la presse. Et puis c'est sûr qu'il y a dû y avoir des problèmes d'agenda pour mettre la dernière main au projet. Sans parler de la pression probablement exercée par l'entourage pour faire tourner au maximum la planche à billets dans un monde où l'on sait que ces périodes de vaches grasses n'ont qu'un temps. N'empêche, on aimerait avoir les noms de tous ces couillons qui ont freiné la publication d'un disque qui aujourd'hui fait trop peu de vagues.

Sur 2007, on enchaîne les pistes longues (on n'est jamais sous les 8 minutes), répétitives à souhait, bien atmosphériques comme il faut et très riches en claviers assez grassouillets. L'esprit jam session n'est jamais bien loin, mais on remarque vite la différence entre le très libre "Live In Elvissa" (justement enregistré à l'arrache dans une villa d'Ibiza) et le reste du disque, autrement plus travaillé lui. C'est notamment là que l'on comprend tout les savoir-faire des deux Dewaele une fois en studio : les techniques de production sont connues sur le bout des doigts, l'arsenal de claviers à disposition est impressionnant, les influences sont intelligemment canalisées et la science de la mélodie transparaît rapidement. Le plus bel exemple de cette approche est certainement "E 40" et ses 13 minutes de voyage, qui évoquent des sensations autrement plus excitantes qu'un trajet passé sur la fameuse autoroute belge du même nom, sur laquelle on prend à peu près autant de plaisir qu'à se frotter le bout du gland avec du papier verré.   

Y'a pas à dire : si ce disque était sorti au moment de sa conception, 2007 aurait pu être une cerise sur le gâteau, la consécration d'une annus mirabilis pour Soulwax. Il n'en sera rien. N'empêche, en lançant leur label Deewee, en activant un nouvel alias (Klanken) comme à la grande époque de Samantha Fu, en se remettant à pondre des remixes qui font craquer les dancefloors, et en travaillant sur de nouveaux projets plutôt intéressants (la BO de BELGICA!), Stephen et David Dewaele remontent d'un bon petit cran dans notre estime et nous donneraient presque envie d'attendre le successeur de Any Minute Now avec impatience...

Le goût des autres :