Dear God EP

mmph

Beer On The Rug  |  2016
7 / 10
par Simon  |  le 8 février 2017

On a rapidement pris peur au moment de s’intéresser à cet EP de mmph – dont l'écoute est le fruit d'un digging incessant sur Bandcamp – dans la mesure où ce Bostonien a transité par des labels plus ou moins apparentés vaporwave et future funk. Notre jugement des genres précités tenant plus de l’ignorance et du cliché que de la réelle connaissance (non, on ne s’est pas tapé les 3.000 références de base du vaporwave starter pack, même si on aime de loin toute la démarche sociologique autour du mouvement), on s’est vite défait de notre appréhension pour embrasser ces cinq titres de façon totale. Et grand bien nous en a pris puisque ce Dear God EP tourne aujourd’hui en boucle. Si la présence de l’Américain sur le label Beer On The Rug peut se justifier par son appartenance à ce qu’on appelle grossièrement l’internet music, il ne fait nul doute que le travail de mmph dépasse de loin celui des cadres habituels du genre vaporwave.

Pas de musique d’ascenseur ici, pas de synthés tropicaux et edgy ni de sonorités influencées par des publicités de tous genres, Dear God EP est plutôt complexe par la multiplicité des genres abordés. On aurait vite fait de le qualifier comme une electronica à l’ancienne, extrêmement structurée dans ses breaks et dans l’agencement de ses claviers. Mais mmph devient ce personnage singulier au moment de concevoir les effondrements réguliers de ses beats sur une structure quasiment free-jazz, de façon ronde et intelligible. Ses claviers empruntent des voies autrefois prisées par le disco horrifique des B.O. de Dario Argento (coucou The Goblins) quand ils ne refont pas les missions de l’impeccable Grand Theft Auto Vice City en version musique de chambre. Parce mmph c’est aussi ce lien très trouble qui unit l’électronique et l’organique, parfois si diffus qu’il est difficile d’identifier l’un de l’autre.

Les ambiances changent rapidement, les qualificatifs manquent tout aussi vite. Et c’est tant mieux car on a vite fait de prendre cet EP pour ce qu’il est, une bizarrerie electronica post-moderne qui tient autant des premiers Jon Hopkins que de la B.O. de Stranger Things (la bande-originale, pas la série, heureusement). Et quand les instincts se font plus vaporwave (« Blossom » en tête), ça tient toujours plus de Chris Clark en mode Body Riddle que du truc de branleur made in 4chan. Bref, un producteur à suivre de près.