Crash

Milton Jackson

Freerange Records  |  2009
7 / 10
par Julien  |  le 7 juin 2009

C'est au moment où l'on a commencé à écrire "punk is not dead" que le punk allait véritablement s'éteindre. On se gardera bien, donc, de dire à l'occasion de ce raz-de-marée Milton Jackson que "house is not dead". Pourtant, l'expression tournoie sous la langue. Évidemment : on ne souvient même plus quel est le dernier album house à avoir eu autant d'éclairage médiatique. Hors compilation à succès (celle de Defected en tête), la house est il faut bien le dire devenu profondément underground. C'est une histoire de vinyles qu'on se passe sous le manteau, de mp3 qu'on partage en forums d'experts – il n'est pas rare de croiser là-bas les artistes eux-mêmes faisant leur promotion.

Alors, quand on voit arriver un album entier d'un artiste comme Milton Jackson, on soupire de soulagement. Cet Écossais n'a pourtant rien d'un génie. On le sait actif depuis dix ans, et bien que son parcours soit honorable, on ne peut espérer de lui autre chose qu'un travail bien léché et bien produit. Notre soulagement vient qu'enfin une sortie de Freerange Records connaît l'exposition qu'elle mérite (on remercie La Baleine). Ce label anglais possède en effet toute la crème de la deep house européenne, des noms qui ne vont diront peut-être rien mais qui mettent en émoi tous les obstinés du genre : Jimpster, Lovebirds, Manuel Tur, Rocco. La sortie grand format d'un Milton Jackson vient donc, quelle qu'en soit la qualité, donner un coup de fouet promotionnel à un label qui en avait bien besoin.

Crash possède tous les atouts pour plaire à une communauté élargie. Son principal argument est qu'il peut trouver preneur bien au-delà de son cercle house originel. Pas très éloigné des canons de la minimale, il permet au profane d'investir en douceur des habitudes qu'il ne connaît que de loin (kicks appuyés, claviers typés Chicago, voix soul) sans risquer le mal du pays. Les titres "Ghost in My Machines", "Crash" ou "Cycles" peuvent prétendre au statut d'hymnes dans des styles aussi différents que la pure minimale, la tech-house et la house progressive. Mais vous voyez bien les limites qu'on peut repérer dans un tel exercice : en allant bouffer à tous les râteliers, Milton Jackson perd en authenticité. On ne sait plus très bien sur quel pied danser quand sur "Orbit 3" il singe le "Bar a Thym de Kerri Chandler" ; on sent-là une tentative un peu factice de quand même rester du côté de la vraie house, culture exiguë et exigeante, recluse depuis longtemps dans le bouche à oreille et les clubs spécialisés. Le cul entre deux chaises, donc, Milton Jackson pourrait devenir la nouvelle icône house d'une house qui ne le voudrait pas.