Collector

Talents Fâchés

Talents Fâchés Records  |  2010
5 / 10
par Simon  |  le 14 février 2010

A une époque pas si reculée que ça, les mixtape Talents Fâchés étaient la panacée du hip-hop hardcore parisien, un lieu commun où s’exprimaient toutes les banlieues de la capitale française. Mes jeunes oreilles se régalaient de l’audace de certaines punchline mais surtout de l’esprit de corps qui animait toutes (quatre au total) ces plaques faites à l’arrache dans des studios enfumés. En 2009, l’équipe menée par Rohff  et Ikbal (qui n’est rien d’autre que son petit frère) fait le bilan et nous propose un concentré du meilleur de cette époque apparemment révolue. Et de suite surgit un problème récurrent : la tracklist. En effet, mener de front quatre disque (sans compter les disques bonus) remplis à ras-bord de flows et de productions en pagaille, ça laisse un héritage de sons dans lequel il était aisé de piocher pour obtenir un tracklisting ravageur. Et pourtant, autant le dire directement, il manque un paquet de tubes dans ces dix-sept titres de la compilation Collector (on pense sans trop réflechir au « Dis Leur » de Keny Arkana, au « Béton » d’Alibi Montana, à l’ « Ancien » de Kamelancien ou au « Lève Le Poing » de Smoker).

Pire, on retrouve un peu partout le mal-nommé TLF (qui n’est finalement que le Rohff du pauvre), dont l’album est programmé pour le printemps à venir, ce qui nous laisse à penser que ce best of est avant tout une opération promo plus qu’un véritable travail d’archive. Pour le reste, on retrouve de vieux camarades, capables du meilleur comme du pire : Tunisiano, Kery James (qu’on n’avait plus entendu aussi frileux qu’ici), Sefyu, Soprano, Nessbeal, Diam’s (admirable dans « Déterminer »), Sinik, Kamelancien, Le Rat Luciano ou Medine (très haut perché dans « Tête Froide »). Le reste n’est que logique: on tombe dans des avalanches de punchline de niveaux variables, le tout dans un discours qui ne vole pas bien haut. Bref, la team Talents Fâchés, c’est du hip-hop de gangster qui envoie son venin de manière frontale, là où la puissance et la hargne compensent comme elles peuvent les lacunes de fond de l’ensemble. Rien de bien nouveau, un défouloir qui se prend comme un plaisir coupable pour les amateurs de hip-hop oldschool.

[Mode mère de famille/On] Il y a peut-être une réflexion un poil plus désagréable qui se pose ici et qui réside entre la différence de discours qui existe, par exemple, chez un Rohff  (le même raisonnement interpelle si on prend les rapports de Kery James et la Mafia K’1 Fry): lui qui se pavane sur des titres de hip-hop conscient taillés pour la FM (le très consensuel « Qui Est L’Exemple ? ») a vite fait de tourner sa veste pour encenser les conceptions les plus immorales en compagnie du très limité Sefyu, comme un discours qui mute sans arrêt pour mieux se mouler sur la forme des oreilles de ceux à qui il s’adresse. Pas très crédible tout ça. [Mode mère de famille/Off] Foncez si le cœur vous en dit, prenez ce qu’il y a prendre mais ne venez pas réclamer un remboursement en cas de déception aïgue. On ne m’empêchera pas de penser qu’il y avait sûrement quelque chose de mieux à faire.