City Club

The Growlers

Cult Records  |  2016
5 / 10
par Hugo  |  le 6 octobre 2016

Après dix ans d'existence et cinq albums au compteur, on est sur le cul de constater que la notoriété des Growlers relève encore du confidentiel. Pourtant, aucun doute que le quintet de L.A attirera sans problème le chaland au Cabaret Sauvage le 17 novembre prochain à l'occasion de sa (très courte) tournée européenne. Seulement, au regard du culte voué par les jeunes occidentaux aux nouveaux apôtres du psyché made in Orange County, Thee Oh Sees et Ty Segall en tête, difficile de comprendre pourquoi la valeur du groupe n'a pas encore été révélée massivement aux oreilles du monde.

Lorsqu'ils ne sont pas occupés à organiser des festivals aux line-ups plus cool que les boulettes de ta tata Rachelle ou à réinventer la cène christique pour Paul Thomas Anderson version hippie à rouflaquettes qui sent des pieds, les Growlers s'échinent à définir les contours du beach-goth. Cette imagerie new age est teintée d'un romantisme vaguement gypsy et puise son ADN dans la culture surf. Difficile en tout cas de dire si on a ici affaire à un énième revival d'un sous-genre du rock beatnick ou à un de ses petits-enfants dégénérés. Notons toutefois qu'à défaut de diffusions sur Oui FM, les Growlers ont réussi avec leurs quatre premiers albums à fidéliser un public, certes confidentiel, mais qui se sera intimement reconnu dans cette niche, au point d'ailleurs de vite devenir accaparant.

Preuve en est avec le cas Chinese Fountain, dernière sortie en date de la formation en forme de virage à 180°. Exit l'esthétique low-fi et la mélancolie manouche caractéristiques des Growlers. Un simple séjour un peu trop appuyé en studio aura suffi pour que le groupe perde son grain, voir même son âme aux yeux de la frange ultra de ses fans, qui ne se sera pas fait prier pour crier aussitôt à la trahison. Il faut dire qu'à l'écoute de Chinese Fountain, il est difficile de leur donner tort, tant le contact avec ces mélodies orientales un peu cheap, tel un mauvais buffet à volonté, confine vite à l'indigestion.

Dans ce contexte, on imagine que ce n'est pas sans sueurs froides que certains ont accueilli la signature des californiens sur Cult Records, le label de Julian Casablancas, aux manettes de ce City Club. Le moins que l'on puisse dire en découvrant ce sixième album, c'est qu'en assurant sa production, le leader des Strokes n'est pas resté le cul vissé au fond de son fauteuil. Mal lui en a pris malheureusement : c'est peu dire qu'au regard du résultat final, on en viendrait presqu'à quémander aux ravisseurs de Kim Kardashian du rab de corde.

Les choses avaient pourtant bien commencé, à l'image du groove ronflant et implacable du morceau d'ouverture, de l'hymne "I'll be Around" et de l'atmosphère occulte plutôt réussie de "Vacant lot". Malheureusement, c'est assez brutalement que l'album s'empêtre ensuite dans un marasme niais et gênant, dans la droite lignée des chinoiseries sus-mentionnées. "When You Were Made" et "Too Many Times" rivalisent d'embarras, et ce n'est rien comparé au synthé de "The Daisy Chain", qui semble s'être sournoisement échappé d'une vidéo d'entreprise de la COGIP.

Au fil de l'écoute se dégage l'impression désagréable que les Californiens, volontairement ou non, ont fini ici par s'oublier au point de singer de façon assez impressionnante les Strokes, comme par exemple sur "Dope on a Rope". L'écoute de City Club laisse un goût amer en bouche, tant on sent derrière toutes ces fautes de goût rédhibitoires survivre par moments l'esprit des Growlers, incarné par le chant singulier de Brooks Nielsen. Malheureusement, l'identité du groupe a été beaucoup trop diluée en passant à la moulinette Casablancas, dont la production auto-référencée semble être allée jusqu'à vampiriser l'essence même du groupe.