Circles

Mac Miller

Warner Bros. Records  |  2020
8 / 10
par Yoofat  |  le 4 mars 2020

Il fut un temps où cet homme n'était que le digne héritier du "frat rap", une sorte d'ancêtre du rap de ienclis initié par Asher Roth et son "I Love College". À l'époque, Mac Miller n'était bon qu'à envoyer du style sur des productions vidées de personnalité, pouvant aller à n'importe qui. L'époque était au "revival", le rap tournait en rond et peu d'acteurs de la scène américaine semblaient enclins à prendre des risques. 

L'étonnante trajectoire de Mac Miller est le fruit d'une recherche incessante et quelque peu malsaine. En bon ami des rappeurs de TDE, Ab-Soul et ScHoolboy Q en tête, le natif de Pittsburgh est loin de se contenter d'un bon verre de rouge au dîner. Au début des années 2010, ce dernier enchaîne les excès, met de la codéine dans son Sprite et crée des morceaux habillés d'un psychédélisme débordant. Et Watching Movies with the Sound Off ressemble à la goutte de lean qui a fait déborder le vase, Mac Miller se rendant peu à peu compte de la voie sans issue dans laquelle l'excès de produits stupéfiant l'entraîne. Un mini-documentaire produit par The Fader, tragique a posteriori, relate ses réflexions à l'occasion de la sortie de GO:OD AM, premier réel aboutissement d'un artiste visant l'universel à travers sa musique, ne se contentant plus de multi-syllabiques alambiquées vantant sa paire de Nike.

A partir de GO:OD AM, Mac Miller recherche les émotions et la manière la plus adéquate pour les retranscrire. Si Swimming constituait déjà un bond en avant immense dans cette direction comparé aux projets précédents, Circles est certainement, et fatalement, l'apogée des inventions de Malcolm. Notamment épaulé par Jon Brion, producteur émérite coupable de douceurs multiples sur des albums de Frank Ocean, Macy Gray ou Kanye West, Mac Miller est passé de rappeur médiocre à crooner délicat et captivant. À l'instar de Lomepal, le rap a permis à Mac Miller d'évoluer vers un style hybride lui correspondant bien plus et lui permettant de s'exprimer plus clairement. Mac Miller a trouvé sa voix, et l'exploite sur des productions aussi douces et chaleureuses que tristes et sombres.

Exit le rap technique et la recherche de la punchline perdue, Mac Miller n'a plus rien à voir avec Asher Roth. Mac Miller est Lou Reed : économe en syllabes et en décibels, riche en émotions. Circles est un album sans thème véritable, où la vie et la mort se confondent, animées par peu de mots, laissant ainsi une large possibilité d'interprétation pour l'auditeur. Le décès de Mac Miller, le 7 septembre 2018 alimente d'autant plus les interprétations sur des morceaux comme "Good News" ("Maybe I'll lay down for a little, instead of always trying to figure everything out") ou "Complicated" ("Some people want to live forever / That's way too long, I'll just live through the day") et transforme cette dernière danse en une insoutenable marche funèbre. 

La sortie de Circles aurait pu, aurait dû être une grande fête en plus d'un moment inespéré pour plein de médias nécrophiles de faire du clic facilement. Hasard du calendrier, le pourtant calamiteux Music to Be Murdered By de Eminem est sorti le même jour et a éclipsé l'ultime album d'un artiste qui, jusqu'au bout, n'aura pas eu droit à la sortie de scène qu'il méritait tant. L'anonymat relatif qui a entouré la sortie de Circles est néanmoins bienvenu ; cet album, tout comme son auteur, n'est pas une chose "du moment", mais bien une construction que le temps ne saura altérer. 

Le goût des autres :