Cheetah EP

Aphex Twin

Warp Records  |  2016
4 / 10
par Simon  |  le 27 juillet 2016

S’il est difficile d’évaluer les nouvelles sorties de Richard D. James à l’échelle du mythe qu’il a jadis incarné, il nous faut pourtant approcher ce Cheetah EP comme l’œuvre qu’elle est, à savoir une proposition qui s’inscrit dans le grand mouvement initié par la sortie à retardement de l’album Syro. Nous n’avons fondamentalement aucun problème avec le changement, tout d’abord parce que l’évolution de l’artiste est inéluctable et ensuite parce que les grandes musiques sont potentiellement partout. Tout cela nous éloigne déjà de cette courte chronique, mais ceci aura le mérite d’éviter qu’on puisse nous reprocher de chier sur cet EP car celui-ci ne serait pas assez « ceci » ou un peu trop « cela ».

Afin d’aller plus loin dans l’analyse et de trouver l’angle d’attaque le plus adéquat, je me remémore avec tendresse une récente discussion entamée avec une amie pas mal spécialisée dans la mode et la haute couture. Au détour de plusieurs défilés, celle-ci me fait part d’une théorie plus ou moins répandue au sujet de Karl Lagerfeld. Celui-ci serait, depuis plusieurs années maintenant, devenu le troll le plus célèbre du prêt-à-porter, s’évertuant à produire des défilés complètement loufoques et périmés pour Chanel, là où son travail pour Fendi prouve encore à tous la pertinence intacte de sa vision. Personne, dans les cercles officiels du moins, ne trouve pourtant rien à redire à cela, sûrement par respect pour l’institution mais également par peur de ne plus se voir arrosé correctement par la marque lors des divers événements organisés par ces mondains.

Aphex Twin sur ce Cheetah EP, c’est tout cela. Un troll d’or d’un côté et un respect démesuré pour l’institution de l’autre. Un premier titre décliné en quatre versions, un autre décliné en deux. Pas grand-chose à dire, sinon qu’il n’y a absolument rien dans les deux premiers titres sinon une petite acid-house sèche, rigide et absolument plate, à peine digne d’un John Talabot grippé. Les deux titres suivants durent trente secondes chacun. On passe. « CIRKLON3 [Kolhoznaya mix] » se devait au minimum d’être le mètre-étalon de cette nouvelle sortie, au moins à cause de son clip nul et de la promotion classique qu’en a fait Warp. Les deux premières minutes passent à la cool, avant que le titre ne mute en groove tiède, bien proche de la vulgarité d’un Daft Punk nouveau. Du petit funk synthétique et mièvre qui finira sa dernière minute sur un gimmick bien trop proche de la bassline légendaire du « Eyes » de Little Computer People pour ne pas être au moins le suspect d’un petit plagiat des familles.

Il reste deux titres, on les écoute par acquis de conscience même si le constat (qui se vérifiera) est déjà clair : ce disque est vide, cette acid-house ennuie sans jamais s’élever du niveau du sol. Ce qui est moins marrant, c’est qu’il est difficile de ne pas s’imaginer que tout ceci involontaire. Nous avons du mal à imaginer que ce personnage soit aujourd’hui vidé de sa substance et on se dit finalement que tout ceci n’est rien de plus qu’une blague de plus à mettre à l’actif du Britannique. Avec la complicité de Warp ? À moins que ceux-ci ne soient que les victimes de ce petit chantage artistique. Après tout, tant que l’institution continue à briller en coulisses pour assurer ventes et crédibilité de papier... Allez demander à Chanel, ils doivent avoir leur avis sur la question.

Le goût des autres :