Chebran - French Boogie 1981-1985

Various

Born Bad Records  |  2015
8 / 10
par Nicolas F.  |  le 25 novembre 2015

C'était le temps béni d'une jeunesse insouciante, poussée à l'optimisme et l'enthousiasme par l'élection de Tonton sur le trône de France en 1981. Celui des radios libres, de la confiance dans le progrès et dans les promesses du socialisme. Mais derrière les apparences, c'est aussi le temps de la désinvolture et de l'irrévérence car, pendant que certains fêtent sagement le premier gouvernement de gauche de la Vième République, d'autres comptent bien mettre à profit cette euphorie et ces nouvelles libertés comme s'ils sentaient déjà poindre les lendemains qui déchantent. Bienvenu dans les années 80 ! 

Les punks et leur révolte sont enterrés et la jeunesse se cherche donc de nouveaux exutoires. Elle va cette fois les chercher de l'autre côté de l'Atlantique où souffle sur le funk et la disco un vent de fraîcheur incarné par Kurtis Blow, la Zulu Nation de Bambaataa, le Sugarhill Gang ou Grandmaster Flash. La France qui baigne alors dans la pop synthétique de Jacno, Mathématiques Modernes et Taxi Girl voit soudain débarquer la culture hip-hop, celle du tag, du scratch, du rap et de la danse. La compilation Chébran sortie chez Born Bad Records se propose donc de définir en musique l'état d'esprit un peu schizo de nos compatriotes au début des années 80 et d'offrir en 18 titres un aperçu de ce mélange des genres résumé sous le terme French Boogie.

Autant le dire tout de suite, ce florilège prouve qu'il n'est nullement nécessaire de savoir chanter juste ou d'inonder nos oreilles de prouesses techniques pour faire un tube. Ceux qui cherchent de la "grande musique", passez votre chemin. Ceux qui veulent du groove, danser comme des robots et savent reconnaître la vraie valeur du superficiel, vous allez vous marrer.

Musicalement on peut parler de funk synthétique aux relents post-disco, les basses très eighties sont ultra présentes tout au long du disque ainsi que les synthés très kitschs de l'époque (Style, Bianca, Casino, Pilou...). Certains morceaux vont plus loin et adoptent les codes du naissant hip-hop et on songe parfois clairement à Grandmaster Flash (Krootchey, Pascal Davoz). On a même le droit à du scratch avec Anisette. Les textes sont souvent parlés (Trigo & Friends), scandés (Henriette Coulouvrat) voire rappés pour les plus téméraires (Krootchey).

Là où on commence vraiment à se poiler, c'est quand on écoute les paroles, "faut faire du fric" pour Attaché Case, "t'as qu'à fermer ta gueule" pour le très distingué Gérard Vincent, des jeux de mots pourris, des sujets très sensibles (suffit de lire les titres des chansons, ça va, j'me laisse aller, pâté impérial, playboy en détresse....) et tout plein de gros mots que la bienséance m'interdit de reproduire ici. Même les noms de groupes sont en carton.

Difficile de voir dans cette compile d'autres intentions que de divertir l'auditeur, de faire rire et danser tout en reconnaissant à ce beau monde le mérite d'avoir contribué à l'essor du rap en France. Si telles étaient les motivations du label parisien alors l'objectif est plus qu'atteint.