Capsules

Arma Jackson

Mukongo Business  |  2019
8 / 10
par Yoofat  |  le 17 mai 2019

N'en déplaise à Pascal Praud et sa bande d'experts, le dérèglement climatique est bel et bien réel. Les problématiques connexes sont nombreuses, et contrairement à Elisabeth Levy, Goûte mes Disques ne saurait donner son avis sur des choses qui, globalement, vont au-delà de son champ d'expertise. Ce que l'on sait ici, c'est que quelques unes des musiques qui vont accompagner notre été sortent généralement entre le 1er mai et le 30 juin, et portent en elles une forme d'insouciance et de joie béate. Mais si les saisons n'existent plus, que notre été n'est qu'une prolongation du printemps avec un peu plus de soleil, qu'allons-nous donc écouter ? Arma Jackson, sans doute.

Il y en a, du soleil sur Capsules, mais il n'est en aucun cas un prétexte à la béatitude. Anciennement signé chez Bomayé Musik, le label de Youssoupha, Arma Jackson a préféré voler de ses propres ailes à la suite de la sortie de son projet 9m² plutôt que de devenir une version alternative de Keblack. Il n'y a donc pas de zumba facile sur Capsules, car le soleil est un aboutissement et non un élément du décor chez le rappeur de Lausanne. L'univers qu'il bâtit est certes cool, groovy et plutôt sucré, mais il ne se passe néanmoins pas de réflexions sur la liberté et l'expression pure des sentiments, soutenu par une écriture précise, un style hybride alternant chant et rap, plus proche néanmoins d'un Chance the Rapper soulful que d'un Hamza hédoniste. Oui, Arma Jackson fait la fête, et non sans style ("lunettes dans le club et le soleil, c'est peut-être moi"), mais il ne parvient pas à la faire sans questionner son comportement de suiveur lors de celle-ci ("J'ai plus de forfait, mais j'vais snap toute la réssoi").

Il serait inadéquat de parler de scène suisse à cause du profil très hétéroclite de ceux qui la composent. S'il fallait néanmoins trouver un lien entre la Superwak Clique, 3e Mi-Temps, Danitsa ou Arma Jackson, ce serait, comme l'indique cette très belle vidéo de Makala, l'audace affichée d'affronter la peur. La peur du ridicule, la peur du petit pays face à l'ogre français (car il fut un temps où cela sonnait comme une blague d'être un rappeur suisse), mais aussi et surtout la peur d'être soi-même. Ce qui ressort beaucoup sur Capsules, c'est l'envie sinon même le besoin de garder son authenticité, et cette crainte de la perdre. Arma Jackson n'a jamais été aussi brillant que sur ce projet, il serait bien inspiré de conserver cette sincérité pour ceux à venir. Et nous, de l'écouter cet été afin de s'en inspirer.