Breathe Deep

Oscar Jerome

Caroline International  |  2020
7 / 10
par Amaury  |  le 10 octobre 2020

11 titres et 44 minutes pour mettre en boîte le jazz : lorsque des homologues tentent l’expérience de rendre ce genre foisonnant un peu plus pop, ils se cassent parfois les dents sur un besoin technique d’en faire trop pour briller et rappeler leurs racines, ou à l’inverse, sur une simplification stylistique éthérée qui tend à neutraliser sa profondeur et ses couleurs originelles, rendant alors les projets bien trop collants – au détriment du jazz même.

11 titres et 44 minutes, donc, pour offrir au jazz un chemin tracé des plus pops, des plus accessibles ou des plus audibles. Avec Breathe Deep, Oscar Jerome – guitariste et chanteur de Kokoroko – arrondi donc les angles : les cuivres et les 73 touches cessent de cérébraliser le monde pour se porter davantage vers les corps, sans penser pour autant au travers de ces derniers. La musique se fait ainsi sensible par son épaisseur et sa densité, qui ne débordent jamais sans un dérapage contrôlé. Plus concrètement, l’album parvient à se charger de multiples influences dont la variété d’application, au fil des morceaux, éloigne tout ennui.

On ne jouera pas au jeu des parallélismes ici, parce que non, il n’y a aucune logique de comparer Oscar Jerome à Gil Scott-Heron ou à George Benson. Le Londonien puise certes dans le répertoire hip-hop et soul ou dans la samba, mais il propose une retenue qui le distingue bien des autres : sous une puissance larvée, en chantant avec nonchalance, Oscar Jerome se livre à une vraie séance de méditation, concentrée sur les énergies que renferment un être en vie. Une respiration profonde. Il est donc important de souligner l’élégance de l’artiste, son aisance vocale et la qualité de son écriture, engagée de surcroit. Ces qualités lui ont permis d’être remarqué, mais, malheureusement, ne rendent pas encore son album remarquable – malgré ses prouesses mélodiques indéniables.

Alors que les collaborations viennent offrir à ce dernier quelques traits de lumière, le rayonnement des membres du Ezra Collective, de Sons of Kemet ou de Lianne la Havas, rappelle sur le même coup une forme de faiblesse dans le chef d’Oscar Jerome. Son excellence ne blesse pas. Du moins, pas encore. Ses quelques saillies de guitares, sur le tube « Abusey Junction » de Kokoroko, conféraient justement au morceau ce supplément d’âme qui engendre les grands dialogues, les grandes interrogations contenues dans un noyau d’émotion. Et ce n’est pas sans surprise que le titre « Gravitate » jouit sur Spotify du plus grand nombre d’écoutes pour l’album, avec son motif en chute de notes, proche des tourbillons d’un Mac DeMarco.

Peut-être ébahis devant la grande classe du Monsieur, on s’est surpris à rêver et à en attendre plus. Tout de suite. Peut-être que ce disque porte en lui le chef d’œuvre que l’on n’a pas su voir, ou celui qui viendra demain, sûrement. Peut-être qu’on ne parvient simplement pas à en saisir la puissance réelle, sans une touche de gravité, parce que tant de lumière, ça finit tout de même par éblouir.

Le goût des autres :