Bleeds

Roots Manuva

Big Dada  |  2015
6 / 10
par Jeff  |  le 24 novembre 2015

Cette année, Roots Manuva nous en a fait voir de toutes les couleurs. En mai d’abord, l’Anglais soignait son retour, après des années de vache maigre : le 12’’ Facety 2:11 sortait sans grand fracas, avec une face A produite par un Four Tet des grands jours (certainement un des tous gros titres de 2015), et une face B vampirisée par la production aux petits oignons de Machinedrum. Une petite dizaine de minutes pour nous faire oublier l’indifférence dont on a fait preuve à son égard, la faute aux albums calamiteux qu’il nous sert depuis une petite dizaine d’années. Puis cet été, tous ragaillardis, on s’en est allé voir de quel bois se chauffait le gars en live. Et là, on est tombés de haut : un son pourri, un groupe en pilote automatique et un Roots Manuva visiblement usé. Nos ardeurs en ont pris un coup. Le nouvel album pour Big Dada sur la platine, le constat est vite dressé: ce sont également ces deux visages qui apparaissent sur Bleeds.

Clairement, Roots Manuva vieillit. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il en a pleinement conscience et ne se lance pas dans une course au jeunisme qui se révèleraient vite effrénée et vaine. En 2015, Rodney Smith préfère le confort de ses baskets de baron du rap anglais, et il distille ses leçons sans jamais tomber dans l’arrogance ou la condescendance. La sincérité du propos est palpable, et parfois émouvante comme sur "Don't Breathe Out" et son refrain chouiné par un clone de Bon Iver. C’est alors un réel plaisir d’écouter un mec en phase avec son époque, et conscient de la place qu’il occupe aujourd’hui dans la musique anglaise. Voilà pour les bons (voire très bons) moments, qui doivent concerner une bonne moitié du disque. Ailleurs sur Bleeds, c'est assez simple: on nage principalement dans l'anodin, ces titres pas vraiment mauvais mais sur lesquels on a strictement rien à vous raconte. On parle ici de productions plutôt banales (même quand elles sont pondues par des gens comme Switch) qui tirent l'ensemble vers le bas et ne jouent pas vraiment en la faveur du flow un peu léthargique de Roots Manuva.

Dans ce contexte, et alors que Bleeds est déjà le neuvième album de Roots Manuva, on peut sincèrement espérer qu'il est le premier d'une nouvelle carrière, qui verra le emcee londonien prendre pleinement conscience de ce qu'il peut encore faire (et de ce qu'il est encore capable de faire) pour rester pertinent.