Black Sea

Fennesz

Touch  |  2008
9 / 10
par Julien  |  le 9 janvier 2009

On n'avait pas vu Christian Fennesz sortir de disque solo depuis son quelque peu mitigé Venice en 2004. Ce dernier, quoique très agréable, inquiétait par sa relative simplicité : structures trop ramassées, mélodies tape-à-l'oeil et zestes d'auto-parodie. C'était peut-être le disque de trop, qui glissait vers le new-age alors que son prédécesseur, Endless Summer, s'arrêtait à l'endroit de la perfection. Il faut rappeler que l'Autrichien avait débuté dans une forme très bruitiste et exigente ( il faut écouter son Hotel Paral.lel) pour ensuite se rapatrier pas à pas sur des terres plus mélodiques et apaisées.

Donc, même si depuis Venice on l'a vu à son avantage (un bel habillage sonore pour Ryuichi Sakamoto, un passionnant travail avec Jim O'Rourke, quelques excellents remixes pour Junior Boys ou Nine Inch Nails), on attendait Fennesz au tournant. Et on n'est pas déçu : si Black Sea n'atteint pas les sommets d'Endless Summer, il replace pourtant son géniteur comme un bidouilleur miraculeux. On peut dire adieu à ses essais un peu trop pop, l'ensemble regagne ici en aridité et surtout en espace. Le silence et les plages blanches reprennent leur poste dans des compositions vastes, parfois très longues (trois morceaux dépassent les 8 minutes), dont l'amplitude émotionnelle égale tous les Mogwai du monde – il n'y a qu'à écouter le crescendo de "Glide" pour s'en assurer. L'écoute du disque doit se faire d'une traite, sans regarder une barre de défilement ou un compteur : il faut se donner tout entier à la gestion du temps de Fennesz. Une fois cette disposition prise c'est forcément gagné : on ne peut que rester bouche bée devant une telle maîtrise du flux sonore ; les différentes guitares et nappes nous envahissent toutes de leur beauté.

Rien à faire, je ne trouve pas le moindre défaut à cette grande fresque qui combine comme rarement finesse et majesté, immédiateté et expérience limite. Et ce n'est pas le dernier morceau, "Saffron Revolution", qui me fera revenir sur mes paroles : il nous donne encore plus l'envie de murmurer "Black Sea, Black Sea, Black Sea" comme cet illustre candidat de Questions pour un Champion nous scandait en son temps "la Mer Noire, la Mer Noire, la Mer Noire".

Le goût des autres :