BLACK METAL 2

Dean Blunt

Rough Trade Records  |  2021
8 / 10
par Émile  |  le 1 juillet 2021

Il y a des artistes dont on connaît le contenu des disques en avance, et d’autres qui nous surprennent toujours. On a alors forcément envie de ranger Dean Blunt dans cette deuxième catégorie. C’est sûr que c’est difficile d’écrire sur cet Anglais si insaisissable. D’ailleurs, en bientôt treize années de GMD, et alors qu’il fascine la moitié de la rédaction, on n’a jamais été foutu·es d’écrire une chronique à son sujet. Car les artistes qui nous surprennent nous font du bien, mais ils nous mettent aussi parfois mal à l’aise, lorsque l’incompris se fait passer pour une ignorance dans nos esprits.

A première vue, BLACK METAL 2 n’est pas tout à fait un album comme les autres dans une discographie déjà bien chargée, puisqu’il s’agit déjà de son cinquième album depuis 2011, sans compter les nombreuses collaborations et les (très) nombreuses mixtapes. En se voulant comme la suite de BLACK METAL, sorti en 2014, on a comme la sensation d’être face au piège de l’insaisissable faisant mine de nous tendre la main. Fronçant les sourcils comme si Merzbow disait adorer Mylène Farmer au détour d’une conversation.

On va le dire tout de suite : ce n’est pas du tout l’impression qui en ressort une fois le disque écouté. Rien que la pochette n’est là que pour nous mettre en confiance, en partie comme une bonne vanne que tout le monde va comprendre, mais qui va aussi rappeler que fondamentalement Dean Blunt est un produit du hip-hop, et que si vous aimez le hip-hop classique de Dr. Dre, vous ne devriez pas avoir peur de vous lancer dans le disque.

Et de fait, Dean Blunt est un enfant du hip-hop. D’un hip-hop très contemporain, celui de la vaporwave et du chopped & screwed démocratisé. La musique de la moitié de Hype Williams (le groupe donc, pas le réalisateur de clips pour le moins légendaires) est lente et sourde. Même si elle est moins chantante que marmonante, elle aime profondément la mélodie que le R&B a participé à mettre au centre de notre écoute et le rythme vocal que le hip-hop a exploré mieux qu’aucun genre musical avant lui. Il y a d’ailleurs toute une scène qu’on pourrait reconstituer autour du Dean Blunt de BLACK METAL 2 - de Tyler, The Creator à Jpegmafia en passant par Yves Tumor ou Delroy Edwards. Ce petit « 2 » en bas du disque, c’est donc une porte d’accès simplifiée à sa musique autant qu’une marque d’appartenance forte. Une appartenance qu’on retrouve notamment dans les textes, au lendemain de son engagement pour le mouvement BLM.

Se rattacher aux autres artistes et à un univers hip-hop large, c’est bien. Se rattacher à soi-même, c’est aussi très important pour être compris. C’est probablement le sens principal d’intituler son disque BLACK METAL 2. Lorsque paraît le premier volet en 2014, la musique de Dean Blunt n’est pas aussi mature et mijotée qu’aujourd’hui. C’est pourtant le moment où il trouve le son qu’il va reprendre le plus souvent possible depuis. Un travail engagé sur des riffs de guitare, souvent sèche, une basse douce et des percussions plus rares. En 2014, c’est la première fois qu’on laisse autant de côté les synthétiseurs, les nappes et les cordes. Si son amour de la musique orchestrale voire symphonique ressort encore sur « VIGIL » ou « the rot », le format est devenu plus simple que sur ses tout premiers projets. Le virage qui a été amorcé vers la folk et tout type de musique à guitare dans BLACK METAL, c’est celui qui transparaît majoritairement dans cette suite. À tel point qu’on a envie de dire qu'un titre comme « DASH SNOW » est du Dean Blunt pur jus - ce qui est assez paradoxal pour un artiste aussi élusif et imprévisible que lui.

Est-ce que BLACK METAL 2 est l’album de Dean Blunt pour celles et ceux qui n’aiment pas Dean Blunt ou ne le comprennent pas ? Difficile à dire. En tout cas il est son disque le plus simple et le plus représentatif de sa discographie. On y retrouve sa façon d’écrire, de composer, son lien fort avec Joanne Robertson, et on y comprend mieux que jamais tout ce qui l’anime.