Beyond

Walton

Hyperdub  |  2013
8 / 10
par Aurélien  |  le 4 septembre 2013

Walton est loin d'être le bonhomme le plus bavard d'Hyperdub. D'ailleurs, si on compare sa discographie à celle de monstres sacrés comme Ikonika ou Kode9, on comprend qu'il n'en est encore qu'aux prémices d'une carrière qui s'annonce riche et fiévreuse. C'est en tout cas ce qu'avait démontré l'an dernier l'incroyable All Night EP sur lequel le bonhomme s'était fait connaître. Et qui avait eu bien assez de trois titres pour nous faire une remarquable démonstration de force pour dancefloors poisseux, une tornade UK Funky riche en poussées d'adrénaline. C'est donc peu dire que son premier album Beyond se devait de confirmer ces espoirs de grandeur démesurés. Et ça tombe plutôt bien, puisqu'il les pulvérisera sans pitié sur près de treize titres.

Car l'Anglais ne laisse place à aucune forme de niaiserie pour se conformer au code génétique de la structure qui l'héberge. Et puis tant qu'on y est, s'il est là pour faire danser les gens, autant que ce soit sans avoir recours à une opération séduction aussi pitoyable que celle déployée l'an dernier par le compère DVA. Beyond ne s'autorise donc aucune concession et se révèle être une plaque radicalement dancefloor, mais qui garde dans le viseur toutes les mutations par lesquelles Hyperdub a pu passer au fil des ans. Et de toute cette synthèse amoureusement fignolée, on a peu l'occasion de regretter le rythme effréné auquel l'Anglais enchaîne les tatanes. Car quand le bougre laisse sa mixture cajoler le R&B, ça donne des tubes imparables ("Every Night", "Can't You See") qui nous laissent respirer entre deux perles moites taillées pour les gros caissons de basse ("Memories", ou encore le grimy "Frisbee") et enchaînées à un rythme quasi-industriel.

A l'arrivée, voilà un joli bordel house qui aurait parfaitement trouvé sa place dans le Rinse:22 de cette canaille de Kode9, tant ce bordel versatileet pluriel colle parfaitement à l'esprit de cette sélection montée sur ressorts. Walton fait ici une entrée fracassante dans la cour des grands d'Hyperdub, qui prouve une nouvelle fois que la structure anglaise reste le plus incontournable juge de paix en matière de mutations électroniques de cette nouvelle décennie. Il ne nous reste plus à présent qu'à attendre patiemment la suite des événements, même si d'ici là on doute sérieusement de notre capacité à ne pas nous replonger souvent dans ce bain d'infrabasses délicieusement brut de décoffrage.