Benidorm Dream

Koudlam

Pan European Recording  |  2014
7 / 10
par Yann  |  le 12 novembre 2014

Parfois, la valeur d'un objet culturel ou, osons-le, artistique, tient autant dans sa forme finale que dans son processus de création. C'est le cas de ce troisième album de Koudlam (le second sur Pan European Recording), et plus globalement, de l'ensemble de la production du Français. Le risque est alors de tomber dans un certain "parisianisme" et de s'abstenir de critiquer l'objet en lui-même pour se contenter de louer la liberté créatrice qui l'a engendré. Heureusement pour vous, je ne suis pas Parisien, même si parfois un peu parisianiste. Dès lors, même s'il faut rappeler que pour composer cet album, Koudlam a passé six mois à Benidorm pour vivre au plus près de cette boursouflure consumériste du monde, avant de s'enfermer dans une des tours en béton de la ville côtière pour composer, je vais surtout parler du résultat. Et constater combien il est inégal. Car si on peut se laisser emporter dans l'espèce de langueur désespérée et désespérante qui transpire tout au long de ce Benidorm Dream, il suffit d'un petit peu secouer la tête et se dégourdir les oreilles pour constater les limites de l'exercice. Et surtout, le manque de renouvellement de l'artiste depuis Goodbye, son précédent LP. Malgré un premier single "Negative Creep" qui flirtait avec des sons gabber (qui nous mettait bien l'eau à la bouche), la dominante reste les claviers grandiloquents, les accords majeurs presque enfantins. C'est parfois bien ("All for Nothing", "Benidorm Dream"), parfois chiant ("The Chinese Gig", "Stoned"). Ce qui est certain, c'est que les morceaux qui sortent de cette veine sonore déjà tracée nous plaisent bien plus : le second single "The Magnificent Bukkake (1756-1785)" nous emporte dans la même énergie sale et jouissive que le premier, tandis que les incursions pop synthétique dépressive comme "Tycoon Of Love" ou "The Landscp Ape" semblent plus pertinentes dans le cadre de cet album que la tentative acoustique vaguement blues "Driving My Own Condor At Night Over The Whole Crap" ou cette longue plage finale "Nostalgia" façon IDM du pauvre. Certains argumenteront sans doute que ces morceaux ont "un sens" au sein d'un album qu'on peine, malgré son processus de création, à qualifier de "concept". On se contentera de répondre que cela ne suffit malheureusement pas, et qu'au regard des espoirs qu'on avait nourris à l'écoute des premiers extraits, on attendait un peu mieux du disque dans son ensemble. Reste que Koudlam a le bon goût de faire les choses différemment, et rien que pour ça, on le remercie.

Le goût des autres :