Before We Forgot How To Dream

SOAK

Rough Trade  |  2015
7 / 10
par Yann  |  le 11 juillet 2015

SOAK a 18 ans. Cette irlandaise au look à la croisée des genres a connu un certain succès avec ses premiers EP, et particulièrement la chanson "Sea Creature", qu'elle a initialement sortie alors qu'elle avait 16 ans. Les morceaux qu'on retrouve sur ce premier album ont donc été composés sur une période de plusieurs années, entre les 14 et les 18 ans de l'adolescente. Quatre ans, c'est pas grand chose pour un trentenaire. Mais pour une fille de cet âge-là, c'est long. On sort très différent de ces années charnières.

En cela, le titre de l'album Before We Forgot How To Dream est bien choisi: on y trouve une certaine urgence à graver dans le vinyl l'enfance qu'on a déjà presque perdue. Evidemment, cela se fait avec toute l'hésitation, les errements et les doutes que l'on imagine. On passe de saillies pop quasi-atmosphériques à des ballades à la mélodie mélancolique qui pourraient figurer dans la discographie récente de Lykke Li. La voix de Bridie Monds-Watson est parfois touchante, parfois exaspérante de miévrerie.

Les arrangements eux aussi laissent imaginer des périodes d'enregistrement assez éloignées, à moins que ce soit à dessein, pour respecter l'esprit dans lequel les titres ont été composés. Les textes pourraient laisser penser que deux SOAK vivent dans Bridie. Et c'est sans doute le cas: parfois on entend la SOAK presque plus enfant, parfois celle qui n'est pas encore adulte. A peu de chose près la même, et pourtant si différente.

Before We Forgot How To Dream est donc inégal, avec des passages simplement mauvais. Ce sont ces titres où l'artiste, certes douée, ne parvient pas à éviter des arrangements et compositions redondants dans le propos, des morceaux où à force d'enfoncer le clou de la dépression adolescente, il finit par percer la planche. A côté de cela, le disque est également émaillé de quelques perles de songwriting pop ("24 Windowed House", "Hailstones Don't Hurt", "B a noBody") qui valent à elles-seules les quelques écoutes qu'on peut aujourd'hui consacrer à un premier album du genre. Et on attendra la suite pour voir si SOAK peut dépasser ce qu'elle vit pour faire résonner son histoire dans la nôtre.