Beacon

Two Door Cinema Club

Kitsuné – 2012
par Jeff, le 3 septembre 2012
6

Il y a quelques semaines, le NME disait au sujet de Two Door Cinema Club que l’on tenait là « the biggest new band on the planet ». On sait que dès qu’il s’agit de vendre du papier, le magazine briton n’est jamais contre un peu de surenchère, quitte à lâcher une bonne grosse énormité en passant. On pourrait en dire de même du label du groupe, Kitsuné. Mais en même temps, cette mauvaise foi aveugle est généralement contrebalancée par la conviction que chaque signature est the next big thing. Ceci étant, il faut bien reconnaître au torchon anglais une certaine justesse. Et s’incliner devant le choix judicieux de la marque au renard qui a parié sur ce qui est devenu en l’espace de deux ans à peine une véritable machine de guerre.

Car ceux qui ont pu croiser la route des Nord-Irlandais cet été en festival vous le diront : ces mecs-là sont armés pour affronter la folie médiatique qui s’apprête à s’abattre sur eux avec la sortie de Beacon. Sur scène en tout cas, ils semblent déjà intouchables. Il faut dire qu’avoir partagé une tournée triomphale avec Phoenix, ça aide à préparer sereinement l’avenir si vous êtes un tant soit peu attentifs. Et puis quand vous écoulez un bon million d’exemplaires de votre premier album dans les conditions de crise du disque que l’on connaît, ça vous ouvre pas mal de portes en termes de moyens.

C’est donc Jacknife Lee qui se retrouve derrière les manettes de Beacon. Jacknife Lee, un mec qui a déjà mis son talent au service de Bloc Party, Kasabian, Crystal Castles, Weezer, The Wombats ou Snow Patrol. Alors pour le coup, on ne veut pas faire fines bouches, mais ce mec ayant le chic pour arrondir méchamment les angles au profit d’une production bulldozer, on a toutes les raisons de craindre une certaine métamorphose de Two Door Cinema Club.

La mauvaise nouvelle, c’est que la formule Jacknife Lee tourne à plein régime sur Beacon. D’un bout à l’autre de l’album, on est régulièrement dérangé par ce son clinquant à outrance qui ne cadre pas vraiment avec l’image de gens finalement assez humbles et éminemment sympathiques véhiculée par Kevin Baird, Alex Trimble et Sam Halliday. La bonne nouvelle, c’est que nos trois lascars n’ont pas perdu la recette magique qui leur avait permis d’accoucher d’un nombre assez impressionnant de singles potentiels sur Tourist History. Beacon, c’est un peu le rêve de n’importe quel b(r)and manager : qu’il recherche un tube en puissance, un truc pour matraquer en radio ou un titre qui fera vendre de la crème anti-hémorroïdes au monde entier, il trouvera ce qu’il lui faut, et en suffisance, sur ce nouvel album. Et pour le coup, l’efficacité des refrains nous ferait presque oublier qu’aux manettes, un type pas très finaud tire le songwriting de Two Door Cinema Club vers le bas.

Evidemment, si vous aimez tout ce qui brille, il ne fait aucun doute que Beacon figurera rapidement parmi vos meilleurs disques de 2012. Pour les autres, ceux qui avaient été séduits par le charme naturel des bombinettes sucrées de Tourist History, il faudra vous habituer au Two Door Cinema Club nouveau, celui qui ne risque plus de jouer les chauffeurs de salle, qui a conservé une certaine bonhomie et une efficacité certaine, et qui suit juste le parcours réservé à tous les « biggest new bands on the planet ». C’est un peu à prendre ou à laisser. Et si vous décidiez de laisser, ne vous tracassez pas, les preneurs sont en nombre suffisant.

Le goût des autres :
6 Thibaut 3 Laurent