Balancing Lakes

Barry Lynn

Planet Mu  |  2008
7 / 10
par Simon  |  le 25 juillet 2008

Respecté pour un travail irréprochable au sein de la scène dubstep avec deux albums retentissants (Oneiric et Glyphic), Boxcutter a toujours été un personnage hors-cadre, le genre de producteur que l’on aime pour ses croisements subversifs. Mais malgré cela, l’ombre qui entoure Barry Lynn demeure toujours aussi opaque à bien y regarder. Le disque ici chroniqué devrait rapidement y remédier et nous en apprendre un peu plus sur cette personnalité déviante. Barry Lynn nous propose en effet une collection de titres formant une partie des early works du monsieur, compilés entre 2002 et 2005, heure où le dubstep battait déjà son plein dans les caves anglaises.

On retrouve donc notre prince du dubstep instable dans un exercice quelque peu différent : non moins torturé mais plus « dub » que « step ». Exit donc les rythmiques two-step et les basses fréquences chaleureuses, tout ici est taillé dans une IDM de grande lignée. Et même si le travail ici proposé emprunte des chemins de traverse, on identifie assez rapidement notre producteur dans sa capacité à tirer de ses machines des mélodies cristallines, envolées souvent étagées qui surprennent par leur beauté gracile et leur finesse à toute épreuve. Refusant à tout prix l’idée d’une linéarité qui minerait son travail de funambule, Barry Lynn s’emploie à construire son imagerie sur des bases volontairement instables. Faisant craquer le sol par-ci, surfant sur un Amen break accéléré par-là ou tranchant par ses architectures coupantes, l’Anglais devient surtout notre meilleur compagnon par ses incises mélodiques de haute tenue.

Mais mes propos élogieux ne tromperont pas les plus avertis : ceux qui avaient vu dans Boxcutter le µ-zik du dubstep ne seront pas trompés sur la marchandise. Car cette collection de tapes n’apprend rien de plus, elle se contente de marcher dans le sillon creusé avec élégance par des pionniers inévitables tels que Richard D. James ou Luke Vibert pour ne citer qu’eux. Mais ce qui pourrait s’apparenter à un tort n’est en réalité pas plus un mal que Barry Lynn est un élève appliqué qui a su avant tout apprendre sa leçon avec patience pour mieux travailler avec professionnalisme. Car du professionnalisme, il en fallait pour aller chercher des titres comme « « Leafy Imprint », « Early Reflection», « J-Set Jogwheel » ou encore « Metric Cypher».

On en revient en quelque sortes aux grandes heures de l’IDM, à savoir une musique qui s’apprécie tant pour sa magnificence que pour les quelques erreurs qu’elle distille çà et là dans sa quête d’elle-même. Ce qui est sûr, c’est que sa sélection ne fera pas l’unanimité par son côté un peu brouillon et académique mais il est plus sûr encore que nul ne peut plus ignorer le talent qui habite ce producteur fou et discret. Un préambule de rêve qui préfigure admirablement les deux immanquables que seront Oneiric et Glyphic. A détester ou à aimer, mais à écouter avec attention dans les deux cas.