Away From The Sea

Yuksek

Has Been/Barclay  |  2009
note : 7
7 / 10
par Simon  |  le 12 février 2009

Alors que la french touch 2.0 est un phénomène maintenant bien implanté, 2009 représente un véritable défi pour cette frange musicale car, comme toute hype qui se respecte, la tolérance qui lui est accordée n’est pas sans limite, et les premières évolutions doivent maintenant se faire sentir sous peine de voir la mouvance se transformer en parenthèse éphémère. Il faut peut-être voir dans la décentralisation de cette musique, autrefois exclusivement basée dans la capitale française, une raison de ne pas désespérer. En effet, originaire de Reims, Yuksek est, un peu pompeusement faut-il avouer, annoncé comme le renouveau du renouveau, comme le héros electro de cette nouvelle année.

Logiquement découvert au moyen de remixes en tous genres (Ghostface Killah, Mika, Tahiti 80,...) et par une poignée de singles incendiaires (« Tonight » en tête), Yuksek passe sur format long en injectant encore et toujours une bonne dose de pop dans ses compositions tonitruantes. Difficile donc d’établir la filiation exacte de cet olibrius : sans pour autant tourner le dos à une scène qui lui sert largement de béquille, Yuksek tente néanmoins d’évoluer de côté en semant ici et là des envolées mélodiques bienvenues. Tellement habitué à une débâcle digne des plus grands éjaculateurs précoces, le kid amateur de nappes crasseuses s’étonnera ici de voir quelques élans de patience, une trace lointaine de recul musical. Tout en respectant un format pop assez directeur (le cap des trois minutes étant ici impérativement respecté), le Français parvient assez souvent à faire l’étalage d’un son populaire et mignon, qui se déguste sans trop de peine par ses digressions rock, pop, new wave ou hip-hop.

A m’entendre, je me persuaderai presque que la french touch se révèle ici sous un jour nouveau. C’est un peu ça en somme : si les références restent parfois délétères et trop voyantes pour réellement crier au génie, Yuksek impose sa sélection de maxis (à défaut de nous pondre un véritable album) avec une facilité déconcertante, pour un résultat étonnamment mature, qui fait largement penser au premier effort de Calvin Harris par ses facilités pop et son aspect lissé à l’extrême (recourant pour cela à des collaborations avec Chromeo, Spank Rock ou encore les imbuvables Shit Disco). Une fois ces considérations prises en compte, une fois l’énergumène débarrassé de ce buzz qui lui colle à la peau, Away From The Sea se présente comme un concentré d’énergie salvatrice, une petite bombe de plus à rajouter au curriculum vitae de l’electro cheap française, à cette différence près qu’on est ici un peu moins pris pour des cons. Peut-être est-ce dû au fait que la personnalité de Yuksek tend souvent à déborder du cadre qu’on tente de lui imposer. Au suivant donc. Au fait monsieur Yuksek, fermez la porte en sortant, on chauffe et c’est la crise pour tout le monde.

Le goût des autres :