Autopsie Vol.4

Booba

Tallac Records  |  2011
7 / 10
par Simon  |  le 13 décembre 2011

Passer derrière l’incroyable dernier album de Booba, c’est comme jouer le Barça à l’extérieur : c’est perdu d’avance. Parce qu'il faut bien être honnête: son Lunatic était au niveau des nuages, quoiqu’on pense du bonhomme au départ. Si on vous parle de ça, c’est parce que voila arrivée l’heure de la traditionnelle mixtape, l’indéfectible série Autopsie, qui monte au créneau pour son quatrième volume. Et comme d’habitude dans ce genre d’exercice, entre les titres de B2O et ceux des quelques recrues – anciens ou jeunes loups – de la team 92i, il y a boire et à manger.

Premier constat, définitif après bon nombre d’écoutes, Booba est constamment au niveau. Il est d’ailleurs difficile de croire qu’on tient devant nous le même homme qui a écrit autrefois Panthéon ou Ouest Side tant la différence est intersidérale. Depuis Lunatic le bonhomme est devenu intouchable, tenant entre son flow, ses productions et son attitude globale, une des plus grosses personnalités d’un hip-hop français qui peine a véritablement sortir de la zone « rap indé » - on pense à des formations comme 1995 ou Set & Match. Ici pas de revival « oldschool » ou de trip à la cool: le Booba nouveau est encore plus sale, plus vulgaire, plus méchant. Plus riche aussi. Parce qu’Autopsie Vol.4 c’est avant tout un égo-trip de gangsta blindé aux as. Les références à une vie faite de billets jaunes-verts-violets/chattes/flingues ne manquent pas, mieux c’est devenu un art de vivre total. Booba a toujours été un emcee indissociable de ses ambitions, la différence c’est que depuis peu on le prend au sérieux.

On ne vous cache pas que derrière notre ordinateur, une bière à la main, on prend tout ceci avec un recul gigantesque. De la même manière qu’on appréhende un Young Jeezy ou un Waka Flocka Flame, la violence d’Autopsie Vol.4 s’apprécie pleinement une fois le cap moral franchi. Ne lancez pas les dernières productions de Booba en jouant les ménagères choquées, il faut simplement interchanger ta montre Casio en Rollex, ta Skoda en Hummer et ta copine en Clara Morgane – et tant pis si la mutation est virtuelle. A ce moment là seulement, Autopsie Vol.4 devient un disque intéressant, et bien plus à de nombreux égards.

Reste tous les autres, les blédards qui traînent aux côtés de B2O comme des rémoras autour du requin. Globalement, il y a du très bon (la présence d’un Gato, Kaaris, Smoker ou le titanesque « Fenwick » de Niro) , mais surtout du très mauvais : Djé, Linsen et surtout Shay, copie ridicule d’une Nicki Minaj à la française. Pour ces quatre derniers, le trip devient caricature, ce qui prouve une fois de plus que peu de emcee’s peuvent prétendre à la carrière dévastatrice du rappeur de Boulbi. Bref Autopsie Vol.4 est moins bon que Lunatic, mais bien meilleur que le troisième volet de la série. Une grosse mixtape en somme.