As If Apart

Chris Cohen

Captured Tracks  |  2016
7 / 10
par Jeff  |  le 26 mai 2016

2016 sera-t-elle l’année des underdogs et des hérauts discrets ? En tout cas, on a bien envie d’y croire. En attendant le retour annoncé de John Cunningham dans quelques semaines et celui, tant espéré et récemment teasé, de Flotation Toy Warning, on peut déjà se faire les dents avec le nouveau disque d’un homme aussi effacé qu’apprécié dans l’indie-pop contemporaine, Chris Cohen.

Pourtant, ce n’est pas faute d’être signé sur un label qui compte et qu’on voit, à savoir Captured Tracks. Ainsi, on ne sait trop si c’est par choix ou par obligation qu'il se cache, mais ce qui est certain, c’est que ses petits camarades de jeu qui sont DIIV, Mac DeMarco ou The Soft Moon profitent d’une exposition médiatique plus qu’honorable tandis que Chris Cohen est juste bon à provoquer l’extase pour un parterre d’initiés.

Après, c’est aussi cette attitude effacée qui constitue l’une des raisons du succès de l'Américain qui a, par le passé, officié pour Deerhoof ou Ariel Pink. Il y a quelque chose d’absolument hallucinant (et terriblement attachant) de voir un artiste aussi peu se soucier de sa carrière à une époque où trop de ses camarades de jeu se forcent à exister pour faire vivre une musique déjà un peu morte. 

Partant de là, la pop de Chris Cohen a tout le loisir d’exister, de grandir et de se développer en dehors de toute mode ou de tout courant - même si sa musique renvoie globalement à une esthétique assez 70's. Dans cet univers où l’Américain semble évoluer en vase clos, peu de choses comptent, mais pas n’importe lesquelles : la perfection de la mélodie d’abord, la délicatesse des arrangements ensuite, et la possibilité pour tout un chacun de se projeter et de se retrouver dans ces dix belles chansons enfin.

On sent rapidement qu'en se reposant sur ses trois piliers, Chris Cohen se sent suffisamment en sécurité pour s'ouvrir à nous et nous parler de solitude - le thème récurrent sur As If Apart. Loin du pathos baveux, il trempe son songwriting dans une mixture douce-amère qui ne brûle pas la langue, ne racle pas la gorge. Après, un peu à l'image de ces bons élèves qui ne font pas de vagues, Chris Cohen semble en garder toujours sous le coude, ou ne pas vouloir (essayer d')en faire trop. Et c'est peut-être le seul reproche qu'on pourra lui faire, conscient que cet homme-là a ce qu'il faut là où il faut pour se promener sur des territoires où il sera capable de se mettre en danger sans se vautrer comme une pauvre merde. Une homme discret, mais un peu trop à notre goût.